La Leçon – Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo

Un album fort, qui vous souffle et vous laisse songeur longtemps, longtemps, longtemps… Une claque, comme on a besoin d’en recevoir.

Le fantastique duo Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo n’a plus à nous prouver leur maîtrise de l’absurde et du comique. C’est évident que ces deux-là sont drôlissimes ! Mais avec leur dernier album La Leçon édité chez Frimousse, ils nous dévoilent une nouvelle facette de leur travail ; plus grave, plus sombre, mais aussi terriblement sensible et philosophique.

Via l’histoire d’un homme vivant au milieu des bois – un homme en colère contre « la bête » qui lui a encore volé des poules ; un homme très en colère, qui part en chasse pour donner une leçon à « la bête »… – et d’un loup affamé, les auteurs nous interrogent d’abord sur l’inscription et l’impact de l’Homme sur la Nature. Mais, dans un second temps, ils nous questionnent également sur la nature profonde de l’espèce humaine ; sur son habilité à la cruauté et son incapacité, parfois, à gérer sa colère et sa frustration.

« La Question » (nouvelle collection chez Frimousse) apparaît clairement : qui de l’Homme ou de la bête peut prétendre à la sagesse de l’humilité et de l’objectivité de sa condition ?…

Je ne vous dirai rien de la fin. Intelligente, pertinente, violente… Quelque soit votre lecture et interprétation, elle ne vous laissera pas indifférent.

Un véritable coup de cœur, évidemment ! Mais aussi un coup au cœur. Indéniablement.

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La Leçon
Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo
Frimousse, coll. « La Question » – Janvier 2017
19,50 €
9782352413035

http://krisdigiacomo.over-blog.com/tag/livres/

 

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Cinq minutes et des sablés – Stéphane Servant et Irène Bonacina

Et si la mort était un exhausteur de vie ? Stéphane Servant et Irène Bonacina nous propose cette réflexion dans leur dernier album Cinq minutes et des sablés ; l’histoire d’une petite vieille qui ne prête plus attention au temps qui passe.

La petite vieille s’ennuie,seule chez elle. Et son unique hobby pour tuer le temps est d’attendre patiemment Madame la mort. Et Madame la mort, la voilà justement ! La petite vieille, bien prête à partir et ayant déjà tout prévu pour son dernier voyage, lui demandera tout de même un instant pour se chausser. Et pour la faire patienter, elle propose à Madame la mort de prendre un thé et des sablés. Parce qu’après tout, cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle différence cela fait ?…
Tout l’album est construit sur une exquise accumulation de cinq minutes ; une accumulation de ce temps que l’on grappille ici et là, juste pour le plaisir (rire, jouer, danser cinq minutes de plus) et qui, au bout du compte, représente la Vie – la vraie -, brodée de bonheurs.

Un album d’une délicatesse hors du commun, qui agit comme une piqûre de rappel pour les lecteurs adultes et une piste à suivre pour les plus jeunes quant à l’importance de l’amour, de l’amitié et de la joie pour Exister et non subir son existence.
Un éveil à la pleine conscience de soi et une ode à la vie ; une savoureuse alliance, qui nous laisse en mémoire un merveilleux goût de vivre, d’épices et de gingembre… Merci.

Couv Cinq minutes et des sablés Servant Bonacina

Cinq minutes et des sablés
Stéphane Servant et Irène Bonacina
Didier Jeunesse – Octobre 2015
13,10 €

Cinq minutes et des sablés Servant Bonacina 1 Cinq minutes et des sablés Servant Bonacina 2 Cinq minutes et des sablés Servant Bonacina 3

Cinq minutes et des sablés - Stéphane Servant et Irène Bonacina

Le tatoueur du ciel – Hubert Ben Kemoun et David Sala

Casterman a eu la bonne idée de ressortir ce conte avec le portrait du personnage central en couverture.

Il était une fois… un jeune fils de sultan, orgueilleux et enivré par sa puissance, qui souhaitait que le ciel lui obéisse.
Un jour de s’était pas même écoulé que, par la menace et la destruction, il obtenait ce qu’il désirait ; chasser les nuages, éliminer les oiseaux, tatouer le ciel d’un immense arc-en-ciel. Son bonheur n’avait d’égal que la tristesse de son premier ministre, forcé d’obéir aux ordres pour ne pas perdre la vie, et la dévastation du royaume où nul n’avait plus de toit et de vêtements à cause des exigences de l’enfant-roi.
Alors que l’enfant s’extasiait devant son œuvre de désolation, le père, sultan et souverain, rentra. Il vit ce qu’avait fait son fils, et il su lire dans ses yeux la fierté qu’il en retirait. Alors, sans s’énerver, le père dit au fils que si un jour il souhaitait gouverner, quand bien même le ciel, il devrait avant tout réparer tout ce qui avait été détruit par sa faute. Il devrait être de toutes les reconstructions, de tous les chantiers.
Le royaume fut reconstruit, plus beau encore qu’il ne l’avait jamais été. Mais cela prit beaucoup, beaucoup de temps. Des années, des dizaines d’années. Le petit sultan était devenu un vieillard, et pourtant, il n’avait toujours pas fini de découdre les tissus de son arc-en-ciel, tatouage du ciel. Mais, souriant et comme apaisé, il semblait avoir compris une grande leçon de vie : détruire est une chose aisée et rapide, mais réparer et reconstruire demande bien plus de temps et d’investissement.

Ce conte à la trame traditionnelle, dans le sens où le lecteur y reconnaît une cruauté intrinsèque à ce genre littéraire mettant en exergue la morale finale, est d’une grande précision. La justesse de ton et la finesse de l’illustration (respectivement d’Hubert Ben Kemoun et David Sala), sans palabres ni fioritures, servent d’autant mieux à un sentiment de justice une fois le conte terminé.
Excellent album pour amener le jeune lecteur ou l’auditeur à une réflexion sur les caprices et les conséquences de ses actes.

Le tatoueur du ciel
Hubert Ben Kemoun et David Sala
Casterman – Janvier 2015
13,95 €

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Contes sages d’un roi pas si sage – Ghislaine Roman

Trois contes où le jeune roi Artégan apprend à ne plus se laisser guider par l’impatience, l’envie ou la peur. Au fil de ces trois récits, tout en douceur, Artégan découvre qu’il manque de sagesse et de clairvoyance et les adopte.

L’écriture totalement maîtrisée par Ghislaine Roman balade le lecteur à travers les réflexions du jeune roi. Les illustrations en rouge et bleu de Clémence Pollet collent parfaitement à l’apprentissage de la sagesse.

Trois petits contes à lire en famille ou à faire lire à nos jeunes lecteurs.

Contes d’un rois pas si sage
Ghislaine Roman et Clémence Pollet
Seuil Jeunesse – Février 2014
13,50 €

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