L’Arbre et le Fruit, Jean-François Chabas.

Jewel a huit ans.

Où est maman ? Papa dit qu’elle ne reviendra jamais, qu’elle est morte. Jewel ne veut pas le croire, il dit ça à chaque fois. Comment elle aurait pu les laisser, elle et sa sœur, avec papa…

Grace, la mère de Jewel et Esther, est hospitalisée en soins psychiatriques. Les violences physiques et sexuelles de son mari ont eu raison d’elle. Elle n’est plus qu’une coquille vide, et n’a même plus la volonté de sauver ses filles de ce monstre de haine et de violence qu’est leur père…

Jewel va devoir protéger sa sœur. Elle va devoir trouver la force, toute seule et dès ses huit ans, de résister et de se battre pour que la violence du père ne les tue pas et n’entrave jamais la joie de vivre d’Esther.

On dit que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Jewel a beau être le fruit de son père et de sa mère, elle est leur complet opposé. Elle est le courage que sa mère n’a pas, et la bonté et l’amour que son père ne sait pas éprouver.

Ce roman à deux voix (celle de Jewel et celle de Grace) est poignant ; une véritable claque… C’est une ode à la force, à l’amour et à la volonté. Un signal d’alarme quant aux apparences et à la violence conjugale. Une demande d’humilité au lecteur, car il est plus facile de juger que d’essayer de comprendre.

Un roman qui ne vous laissera pas indifférent, qui peut déranger, qui doit révolter… et c’est tant mieux !

L'arbre et le fruit - Jean-François Chabas

L’arbre et le fruit
Jean-François Chabas
Gallimard, coll. Scripto – Février 2016
7,90 €
9782070573288

 

La poupée de Ting Ting – Ghislaine Roman et Régis Lejonc

La parole libératrice d’une enfant qui, en perdant sa poupée, revit la perte de son père.
Un album d’une immense douceur et d’une grande intelligence, qui aborde le deuil du père avec finesse.

Ting Ting est une petite fille. Un matin, en se réveillant, elle constate qu’elle a perdu sa poupée. Elle espère l’avoir oublié à la rizière, mais elle se rend vite à l’évidence ; sa mère l’a certainement confondu avec les autres poupées qu’elle vend au marché chaque jour et la prendre.
L’angoisse hante dès lors la pauvre Ting Ting, qui pense que sa mère ne sait pas l’importance de cette poupée, qu’elle ne sait pas que son père lui en a fait cadeau quelques heures avant de mourir.
La grand-mère réalise le mal qui ronge la petite fille. Elle lui conseille alors d’en parler, de se confier à un arbre, comme elle faisait elle-même dans son enfance. Ting Ting écoute ce conseil et parle longuement à un arbre qui prend le temps de l’écouter. Après avoir dit sa peine et ses doutes, la petite fille se sent déjà mieux, comme soulagée, même si sa poupée lui manque toujours.
Le soir venu, quand la mère de Ting Ting rentre, elle explique qu’il s’est passé une chose extraordinaire pendant le marché ; un héron semant la pagaille, empêchait quiconque de s’approcher de ses poupées. Elle a donc du partir plus tôt que prévu du marché pour cesser d’importuner les autres commerçants. Dans ce même temps, elle demande également pardon à sa fille pour lui avoir pris sa poupée par mégarde, et espère qu’elle n’a pas passé sa journée à se tracasser. Ting Ting réalise alors que sa mère était au courant de tout ; du cadeau de son père, et de la valeur de cette poupée à ses yeux, de sa peine de grandir sans père et de n’avoir qu’une petite poupée pour se souvenir de son amour. Ting Ting ne lui avait jamais parlé de tout ça, mais sa mère savait. La petite fille se sent alors légère, débarrassée de ce silence étouffant qui recouvrait la mort du père, et à nouveau en possession de sa chère petite poupée.

Cet album, dont il faut souligner la sublime mise en images de Régis Lejonc et le texte de Ghislaine Roman, traite de la mort du père avec subtilité et intelligence. Cette petite fille, tout à la fois fragile et courageuse, et cette tristesse pour sa poupée perdue, qui pourrait être dérisoire si elle n’était pas bouleversante, toucheront les petits comme les grands.
Une histoire très émouvante, qui reprend les codes de la sagesse nippone.

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La poupée de Ting Ting
Ghislaine Roman et Régis Lejonc
Seuil jeunesse – Janvier 2015
15 €

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Le peintre – NASHIKI Kaho et DEKUNE Iku

Une douce histoire où l’on suit Shinya à travers sa peinture. Shinya ne peint pas de tableaux, il peint des murs, il est peintre en bâtiments. Son père, lui, peignait des tableaux. Shinya fait un double apprentissage, celui de la vie, sur les traces d’un père qu’il n’a pas connu, et celui des couleurs, dont la palette infinie exprime la gamme tout aussi complexe des sentiments.
Sur le bateau qui le mène à la recherche de la tombe de son père, une mystérieuse inconnue lui remet le pinceau de celui-ci, qui était peintre lui aussi. Un jour,
il devra l’utiliser pour peindre ce bateau en blanc. Mais pas de n’importe quel blanc… du blanc d’Utrillo.
Tout au long de sa vie, ce pinceau inspirera Shinya dans sa quête du coloris juste, celui qui rendra les gens heureux.

Un long récit touchant sur la peinture et les couleurs. Les illustrations font découvrir un Japon onirique, bien loin des mangas stéréotypés… Aussi, les personnages ont souvent la tête inclinée, ce qu’il les rend encore plus touchants dans leur sensibilité.

Le peintre
NASHIKI Kaho et DEKUNE Iku
Nobi Nobi – Février 2014
13,50 €

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