Le Tout Petit Bébé de la rivière – Armelle Modéré.

Voici un très joli album sur l’adoption, dans ces pays comme en Inde où naître fille est toujours un argument suffisant pour être abandonnée…

Une petite fille nous raconte comment, recueillie par une vieille et pauvre femme au cœur d’or, elle grandit, puis découvre à son tour – lors d’un passage en ville – les orphelinats et la vie de toutes ces petites filles laissées sans famille. Consciente de sa chance d’avoir rencontré sa Baba (c’est comme ça qu’elle appelle sa vieille Alhadita, qui l’a trouvée dans la rivière lorsqu’elle n’était encore qu’un nourrisson), elle décide de travailler dur à l’école pour, elle-aussi, aider ces enfants à vivre une vie plus douce, comme, elle, a eu la chance de connaître.

Cette histoire est terriblement touchante ! Le dessin, si fin et si fragile, lié au texte et aux propos qui en découlent, ainsi que la grande douceur qui caractérise les échanges entre les personnages, font du travail d’Armelle Modéré un petit bijou de sensibilité. D’autre part, cet album traite d’un sujet trop peu abordé : l’abandon des petites filles dans les pays d’Asie – où seuls les fils ont de la valeur…

Nous sommes heureuses d’avoir dorénavant une référence de qualité à proposer sur la thématique, et nous conseillons la lecture de cet album à tous les enfants.

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Le Tout Petit Bébé de la rivière
Armelle Modéré
Albin Michel jeunesse – Janvier 2017
14,50 €
9782226304194

 

Maman loup – Géraldine Elschner et Élodie Nouhen

Inspiré de la sculpture de la Louve du Capitole, Maman loup conte l’histoire de Romulus et Remus. Abandonnés sur les bords du Tibre, ils furent recueillis par une louve qui les a nourris de son lait, protégés des ours, bercés de ses hurlements à la lune. L’histoire s’attache à cette louve et son instinct maternel qui sauveront les deux orphelins alors qu’ils auraient pu être des proies si faciles. Mais elle est retenue : « ces petits avaient peur, ces petits avaient faim », et de tout son corps elle les réchauffera.

Géraldine Elschner dépeint une force vitale qui dépasse toutes les angoisses et l’amour inconditionnel de la « mère », de toutes les mères. En s’attachant essentiellement au moment de l’adoption, puis à celui du départ obligé, l’auteur exprime toute la puissance que représente cette légende. Elle a su jongler avec un épisode légendaire en se focalisant sur sa partie la plus heureuse et en faisant une pirouette pour évoquer la suite tragique de cette histoire.

Les illustrations d’Élodie Nouhen sont d’une beauté toute en finesse. Son trait délicat souligne chaque moment avec grâce. De la rude sculpture de bronze, elle s’envole vers un univers végétal tout en transparence, plein de poésie. Elle joue aussi avec sa palette de couleur : vert aquatique quand la louve trouve le panier d’osier dans le fleuve, dans les rouges quand arrive la menace des ours, bleu profond avec les larmes de tristesse lors de l’enlèvement des jumeaux. Son travail est tout simplement magnifique.

Un très bel album de la collection Ponts des Arts qui, avec une grande liberté, permet à des auteurs d’interpréter des œuvres phares et de transmettre ce patrimoine à nos enfants. N’hésitez pas, vous serez conquis dès la couverture !

Maman Loup Géraldine Elschner et Elodie Nouhen

Maman loup
Géraldine Elschner et Élodie Nouhen
Elan vert, coll. Pont des arts – Août 2016
14,95 €
9782844554116

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Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

Le virus PIK3 a décimé la population, et les animaux – porteurs sains du virus – contribuaient à la large propagation de la maladie. Le gouvernement a donc pris une décision radicale : éliminer TOUS les animaux. Cet holocauste a enrayé l’épidémie, mais, malgré tout, les animaux restent de dangereux indésirables. Ainsi, quiconque rencontrant un animal doit le tuer ou prévenir l’Agence sanitaire, et celui ou celle ne collaborant pas au bon fonctionnement de la protection de la population en ne dénonçant pas la présence d’un animal ou en cachant un sera considéré comme un terroriste potentiel et devra répondre de ses actes devant la justice.

Milo, Linka et sa sœur Oska sont, comme des milliers d’autres enfants, des victimes collatérales de l’épidémie PIK3. Leurs parents et famille proche étant décédés, ils ont été placés dans un orphelinat, où toute leur vie est strictement réglementée, même pendant leurs « heures de permission ». Mais Linka n’est pas du genre à accepter que l’on contrôle sa vie et qu’on lui impose des règles arbitraires et stupides (c’est d’ailleurs ce qui lui vaudra les pires tours de la directrice de la 16e maison, Mme Loubia, et sa mutation dans la maison zéro, où le professeur Singre « reconditionne » les enfants pour en faire de dociles agneaux…) ! Lors de l’une de ses permissions, Linka entre dans un zoo désaffecté, interdit au public. Être prise sur ce chantier pourrait déjà lui coûter très cher, mais ce qu’elle va y trouver et emporter avec elle changera radicalement son destin…

Entre la science fiction et le roman écolo-philosophique, Nous, les enfants sauvages d’Alice de Poncheville est un véritable petit bijou littéraire. Un vrai style ; un traitement original d’une thématique pourtant, elle, récurrente ; des personnages qui n’agissent pas toujours comme on pourrait s’y attendre ; des sujets politiques, sociaux, moraux, philosophiques et écologiques finement abordés ; et enfin, une volonté de faire de la Vie et de l’espoir des causes pour lesquelles il faut savoir se mobiliser et faire entendre sa voix. Peut-on demander davantage ?

Bravo, et un grand merci à l’auteure pour cette piqûre de rappel : nous sommes bien maîtres de nos choix et de nos vies, alors avançons pour rester dignes de la Terre.

Nous les enfants sauvages - Poncheville

Nous, les enfants sauvages
Alice de Poncheville
Ecole des loisirs – Septembre 2015
19,50 €

Nous les enfants sauvages

Un jour, mes parents viendront

Une petite fille attend chaque jour sur son bout de trottoir derrière la grande porte de l’orphelinat. Elle attend que les parents dont elle rêve viennent la chercher. Tout réside dans cet espoir, notamment lorsque d’autres enfants s’en vont et pas elle. Bien que résignée, elle garde confiance.

Ingrid Chabbert offre ici un texte émouvant autour d’un décor figé qui fait ressortir la lenteur du temps. La palette aux couleurs vives de Stéphanie Augusseau laisse imaginer, sans le définir, un pays lointain. Peu d’albums traitent de l’attente avec le point de vue des enfants dans un orphelinat, attente qui est ici presque palpable. Aucun cliché, aucune banalité ne vient perturber le propos. Les enfants sont bouleversés par la lecture et touchés par la douleur que représente l’abandon et l’attente. Un bel album qui ouvre la discussion sur le fait que chacun n’a pas la chance de grandir dans un foyer douillet dès la plus tendre enfance. A partager avec un large public.

Un jour, mes parents viendront

Un jour mes parents viendront
Ingrid Chabbert, Stéphanie Augusseau
Alice jeunesse, mars 2013
12,90 €

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