Le fils de l’ombre et de l’oiseau

Elie et Elias sont à la Puerta, grand sud du Chili, en 1916 et s’apprêtent à tuer un homme pour la première fois. Cet homme est le célèbre Butch Cassidy. Il dort au bout de leur fusil. Elie a une nuit entière pour raconter pourquoi il veut tuer Butch Cassidy…

Tout commence sur l’île de Pâques en 1801, avec la naissance de Poki, l’arrière-grand-mère d’Elie et Elias, qui depuis toujours préfère les oiseaux à ses semblables. Sa première ambition est même de devenir l’homme-oiseau. La seconde est de retrouver la forêt disparue. Ses deux ambitions entraînent les personnages, notamment son fils Pawel, dans un voyage qui s’étend sur quatre générations de l’île de Pâques à Valparaiso en passant par le fleuve Amazone et Buenos Aires.

Avec une plume toujours magnifique, Alex Cousseau embarque à nouveau son lecteur dans une épopée qui traverse un siècle et un continent. On retrouve l’atmosphère et le périple parcouru par Antoine Anacharsis dans le précédent roman de l’auteur. Entre fable et roman d’aventure, Le fils de l’ombre et de l’oiseau offre une riche traversée de l’Amérique du Sud du 19ème avec ses luttes, comme la révolution bolivienne, et ses grandes découvertes, telle que l’aviation… Chaque décor est planté, les paysages s’offrent de manière explicite au lecteur. Les personnages ont des personnalités très fortes et forcément ambigües. On plonge dans une grande fresque familiale avec de très courts chapitres (que l’on enchaîne du coup sans s’arrêter…). L’écriture dense et documentée d’Alex Cousseau nous fait ici toucher de près au rêve.

Un grand bonheur de lecture qui aurait pu sortir dans une collection adulte du Rouergue.

Merci à Alex Cousseau pour ce moment intense de lecture et au Rouergue de nous le faire partager !

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - Alex Cousseau

Le fils de l’ombre et de l’oiseau
Alex Cousseau
Le Rouergue, coll. Doado – Janvier 2016
14,90 €

Alex Cousseau commence à nous habituer à ses cartes…

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - 1ère carte

Le fils de l'ombre et de l'oiseau

Oiseaux. Dessiner, griffonner et colorier avec Carll Cneut

La maison d’édition Pastel nous propose un livre d’activités créé par Carll Cneut, d’après l’univers de son dernier album, La Volière dorée (novembre 2015, à l’École des loisirs). Des dizaines et des dizaines d’oiseaux y sont peints ou dessinés, mais il manque un bec à celui-ci, des plumes et des couleurs à celui-là, ou encore tout un corps ! C’est donc au jeune lecteur et artiste en herbe de se lancer pour, à son tour, composer de magnifiques oiseaux au plumage chamarré.
Oiseaux ; un livre d’art à quatre mains (et plus!) pour libérer sa créativité.

Oiseaux Dessiner, griffoner et colorier - Carll Cneut

Oiseaux. Dessiner, griffonner et colorier
Carll Cneut
Pastel – Septembre 2015
17,50 €

Capture d’écran 2016-02-15 à 12.05.44

La poupée de Ting Ting – Ghislaine Roman et Régis Lejonc

La parole libératrice d’une enfant qui, en perdant sa poupée, revit la perte de son père.
Un album d’une immense douceur et d’une grande intelligence, qui aborde le deuil du père avec finesse.

Ting Ting est une petite fille. Un matin, en se réveillant, elle constate qu’elle a perdu sa poupée. Elle espère l’avoir oublié à la rizière, mais elle se rend vite à l’évidence ; sa mère l’a certainement confondu avec les autres poupées qu’elle vend au marché chaque jour et la prendre.
L’angoisse hante dès lors la pauvre Ting Ting, qui pense que sa mère ne sait pas l’importance de cette poupée, qu’elle ne sait pas que son père lui en a fait cadeau quelques heures avant de mourir.
La grand-mère réalise le mal qui ronge la petite fille. Elle lui conseille alors d’en parler, de se confier à un arbre, comme elle faisait elle-même dans son enfance. Ting Ting écoute ce conseil et parle longuement à un arbre qui prend le temps de l’écouter. Après avoir dit sa peine et ses doutes, la petite fille se sent déjà mieux, comme soulagée, même si sa poupée lui manque toujours.
Le soir venu, quand la mère de Ting Ting rentre, elle explique qu’il s’est passé une chose extraordinaire pendant le marché ; un héron semant la pagaille, empêchait quiconque de s’approcher de ses poupées. Elle a donc du partir plus tôt que prévu du marché pour cesser d’importuner les autres commerçants. Dans ce même temps, elle demande également pardon à sa fille pour lui avoir pris sa poupée par mégarde, et espère qu’elle n’a pas passé sa journée à se tracasser. Ting Ting réalise alors que sa mère était au courant de tout ; du cadeau de son père, et de la valeur de cette poupée à ses yeux, de sa peine de grandir sans père et de n’avoir qu’une petite poupée pour se souvenir de son amour. Ting Ting ne lui avait jamais parlé de tout ça, mais sa mère savait. La petite fille se sent alors légère, débarrassée de ce silence étouffant qui recouvrait la mort du père, et à nouveau en possession de sa chère petite poupée.

Cet album, dont il faut souligner la sublime mise en images de Régis Lejonc et le texte de Ghislaine Roman, traite de la mort du père avec subtilité et intelligence. Cette petite fille, tout à la fois fragile et courageuse, et cette tristesse pour sa poupée perdue, qui pourrait être dérisoire si elle n’était pas bouleversante, toucheront les petits comme les grands.
Une histoire très émouvante, qui reprend les codes de la sagesse nippone.

lapoupeedetingting.jpg

La poupée de Ting Ting
Ghislaine Roman et Régis Lejonc
Seuil jeunesse – Janvier 2015
15 €

Capture d’écran 2015-03-03 à 09.11.19

Grain d’Aile – Paul Eluard, ill. Clarie Poizat

Il était une fois une petite fille très gentille, presque plus gentille que toi, et si légère que, lorsqu’elle naquite, sa maman s’étonna de ne pas la sentir dans ses bras. Aussi, l’appela-t-elle d’un nom léger : Grain-d’Aile. Elle était aussi légère qu’une plume et pouvait sauter dans les arbres pour rejoindre ses amis les oiseaux. Mais cela ne lui suffisait pas. Elle rêvait de pouvoir remplacer ses bras par des ailes pour pouvoir voler avec eux… Un conte surréaliste, léger et merveilleux, à l’image de Paul Eluard, qui a fait partie de l’avant-garde de son époque.

Le conte écrit par Paul Eluard en 1951 (sous son vrai nom Eugène Grindel) a été oniriquement réinvesti par Claire Poizat avec un travail de gravure remarquable. La thématique de la métamorphose est le terrain de prédilection de l’illustratrice qui a pu ici déployer tout son art. Chloé Poizat a donné au corps de la petite fille une image de plume tout en lui laissant un visage d’enfant réaliste, comme tiré d’une photographie. De fait, tous les personnages du conte possèdent des corps hybrides, mêlant caractéristiques humaines et animalières, traits réels et imaginaires (oiseau au corps d’avion).

Un bel apologue à partager avec des accents de conte moderne.

Grain d’Aile
Paul Eluard, illus. Chloé Poizat
Nathan – Mars 2014
14,90 €

Capture d’écran 2014-06-07 à 22.27.33

Grain d’Aile illustré par Jacqueline Duhême en 1951.

Gipsy – Marie-France Chevron et Mathilde Magnan

Des émotions fortes tout en douceur.

Gipsy est une pie.
Pas bien grosse mais rêveuse, drôle et avide de liberté.
Tombée du nid, elle est recueillie par Manu et sa famille nomade.
Ensemble, ils découvrent ce qui les unit : le même amour de la liberté. Chacun n’appartient à personne, mais chacun s’attache à l’autre.

Marie-France Chevron compose un vrai conte initiatique où voyage rime avec liberté.
Grâce à ses dessins délicats et colorés, Mathilde Magnan rend ses personnages tous plus attachants les uns que les autres. On aimerait avoir chaque en très grand format sur nos murs…

ECL-Gipsy

Gipsy
Marie-France Chevron et Mathilde Magnan
Editions Courtes et Longues – Février 2014
22 €

 

Le duo nous avait déjà ébloui magistralement avec Le héron et l’escargot, la fable de La Fontaine.

80e8d-couvheronescargot

Capture d’écran 2014-03-31 à 21.56.00

Chut ! On a un plan – Chris Haughton

Chhhuuut ! On a un plan… A lire en chhhuchotant…

Dans une forêt sombre, quatre chasseurs armés de filets de papillon à la poursuite d’un bel oiseau… Le plus petit voudrait bien faire ami ami, mais chut !… les autres, pour l’attraper, ont un plan.
Où l’on retrouve avec bonheur le graphisme joyeux et original de Chris Haughton et son formidable sens de l’humour ! A savourer avec des petits, petits.

http://vimeo.com/88145367

Chut ! On a un plan
Chris Haughton
Editions Thierry Magnier – Février 2014
14,80 €

Capture d’écran 2014-03-12 à 21.53.28

Et on continue de se régaler avec

Diapason – Laëtitia Devernay

Quelle bonne idée de rééditer le superbe Diapason ! D’un leporello, il devient un album tout en hauteur, toujours sans texte, où la poésie reste intacte.

Un petit chef d’orchestre escalade les arbres pour se percher sur le plus haut d’entre eux où il entame une symphonie où les notes-feuilles se transforment en oiseaux…

Laëtitia Devernay dessine admirablement la musique. Elle s’amuse avec les traits, les arrondis, le blanc de la page. Sans un mot, ni une note, elle nous offre ici une partition majestueuse.

Diapason
Laëtitia Devernay
La Joie de Lire – Janvier 2014
17 €

Capture d’écran 2014-01-27 à 13.04.47