Critique du club lecteurs : La Rivière à l’envers, Jean-Claude Mourlevat.

Le mois d’avril a vu arriver une nouvelle lectrice, la jeune Ambre, dans notre club ; bienvenue à elle ! Je vous invite à la découvrir via sa critique de La Rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat.

« La Rivière à l’envers est un conte initiatique en deux tomes, où l’on observe l’évolution de Tomek (tome 1) et d’Hannah (tome 2). Tout au long de l’histoire, les deux héros vont apprendre à se connaître -mutuellement et individuellement- pour ressortir grandis de leur(s) aventure(s). Ce conte nous plonge dans le merveilleux, sans aucun repère spatio-temporel.

Dans le premier tome de La Rivière à l’envers, nous suivons donc Tomek. Ce jeune garçon est épicier. Il mène une vie paisible, mais, peu à peu, l’ennui le gagne. Un soir, une jeune fille d’une beauté incomparable vient dans sa boutique et lui parle d’une rivière qui coule à l’envers ; la rivière Qjar, celle qui rend immortel quiconque la boit. Après son départ, le garçon ne cesse de penser à celle qu’il appellera « la fille au sucre d’orge ». Il décide de partir à sa recherche, et donc à la recherche de la rivière, puisque telle était sa destination. Il va faire de nombreuses rencontres -les parfumeurs, Marie, l’île inexistante,..- et devra faire de nombreux choix, mais atteindra-t-il son but ?…

Ce livre est réellement très beau. J’ai aimé la façon qu’a l’auteur de nous transmettre les émotions de ses personnages. J’étais plongée dans l’histoire… Au fil des pages, on apprend peu à peu à connaître le héros, à comprendre son ressenti, et à partager sa vision du monde. »

Je rajouterai aux propos d’Ambre que la plume de Jean-Claude Mourlevat est un délice. A la fois fragile et poétique, elle a sur vous l’effet d’une langue magique ; elle sait rendre la lumière plus étincelante et la vie plus intense. Un chef-d’œuvre de la littérature, tous genres et âges confondus, et une poésie de la simplicité et de la douceur qui n’est pas sans rappeler celle de Christian Bobin*.

*auteur, poète et diariste français tout bonnement merveilleux, dont les écrits les plus fameux sont La Petite Robe de fête, Le Très Bas, ou encore La plus que vive.

La rivière à l'envers - Mourlevat

La rivière à l’envers. Tome T1
Jean-Claude Mourlevat
Pocket jeunesse – octobre 2009 (pour la dernière édition)
5,95 €

 

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L’Histoire sans fin

Bastian est un garçon de 10 ans mal dans sa peau. Bouc émissaire à l’école à cause de sa timidité, de son sur-poids et de ses lunettes, il ne se sent pas mieux compris à la maison, où son père noie son chagrin d’avoir perdu sa femme dans le silence et le travail. Bastian se sent seul et éprouve un besoin viscéral de s’évader de cette vie. Il rentre dans une librairie où il aperçoit un vieil homme misanthrope et désagréable qui lit un ouvrage dont la couverture en cuir est particulièrement attirante. Pendant que le vieux libraire a le dos tourné, Bastian lui vole le livre et s’en va en courant s’enfermer dans le grenier de son école. Il commence alors à lire et à découvrir une merveilleuse histoire à propos d’un pays fantastique, dirigé par une petite impératrice qui se meurt. Avec sa disparition, c’est tout l’univers sur lequel elle règne qui serait plongé dans le néant. Débute alors une grande aventure pour le personnage héroïque Atreyu, auquel Bastian aimerait tellement ressembler. Cependant, plus les pages passent, plus l’histoire avance, et plus des choses étranges se multiplient dans la lecture de Bastian. Il réalise peu à peu qu’il est lui-même un des personnages de cette Histoire sans fin, et qu’il se doit de traverser la frontière séparant le monde réel du monde fantastique, car en vérité, lui seul peut sauver la petite impératrice…

On considère L’Histoire sans fin en deux temps ; celle où Bastian lit les aventures du héros Atreyu et de son fidèle dragon de chance Fuchur, et celle où Bastian devient lui-même un personnage principal de l’histoire en rejoignant le pays fantastique.

Ce roman, qui fut un grand succès éditorial dans les années 1980, reste encore aujourd’hui d’une originalité fascinante. A l’instar de Bastian, le lecteur est envouté par sa lecture, complètement immergé dans ce monde fantastique qui lui semble familier – puisqu’il est le monde de tous les imaginaires, le monde des rêves et de la création. Outre cet attrait évident, il faut également ajouter que ce roman aborde des thèmes mythiques de la littérature, comme la mise en abîme (le lecteur qui devient moteur de l’action, non plus en créateur mais en personnage), la figure du double (Atreyu et Bastian, le héros et l’anti-héros, la vertu et la faiblesse), le mot-créateur (seul nommé la petite impératrice pourra la sauver. Or, cela reprend le mythe de la Genèse où Dieu crée avant tout le verbe, et la philosophie platonicienne où seul ce qui est nommé existe ; le reste appartient au néant), sans parler des passions humaines qu’il aborde (l’envie, la vanité, l’orgueil, l’amitié, le pardon, l’amour).
Ce grand classique de la littérature jeunesse mérite d’être découvert par les plus jeunes et redécouvert pour les autres ! C’est un véritable cri passionné pour le droit à la rêverie dans un monde qui nous en laisse de moins en moins la place, et un merveilleux tremplin vers la méta littérature.

« Je voudrais bien savoir, se dit-il, ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu’il est fermé. Il n’y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier, et pourtant – il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l’ouvre, une histoire entière est là d’un seul coup. Il y a des personnages […] toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles […]. Tout cela est d’une façon ou d’une autre à l’intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c’est évident. » (édition 2014, p.18)

L'Histoire sans fin - Michael Ende

L’histoire sans fin
Michael Ende
Hachette – Octobre 2014 (1ère édition 1979)
19,90 €

Magnifique adaptation en film en 1984 de la première moitié du livre.

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Les Rêves rouges, Jean-François Chabas

Lachlan Ikapo a 14 ans. Il vit seul avec sa mère, la fière Flower Ikapo, qui a fait le choix de quitter sa famille et la réserve indienne pour s’installer parmi les blancs ; parce que ce n’est pas une femme à qui l’on impose une vie qu’elle ne souhaite pas… Lachlan n’a pas toujours été un enfant de chœur, bien au contraire. Il a longtemps fait partie d’un groupe de petits voyous, mené par Edward, un adolescent inquiétant, manipulateur et pervers. Mais, à l’arrivée de Daffodil, une jeune fille atypique  – qui devient très vite la risée de tout le collège à cause de sa chevelure clairsemée. En effet, Daffodil a cette triste habitude de s’arracher les cheveux par poignées lorsqu’elle est nerveuse… -, la vie de Lachlan va changer. Il est captivé par Daffodil, aimanté par ses yeux mauves. Et, un jour, pour la défendre des persécutions incessantes d’Edward, Lachlan va violemment s’opposer à son meilleur ami, provoquant ainsi la haine et le courroux du tyran, qui n’aura de cesse de tourmenter le garçon et sa « protégée ». C’est cependant un événement en particulier qui va bouleverser la vie de tous ces personnages et celles de leur famille ; par une chaude journée passée au bord du lac Okanagan, Lachlan et Daffodil vont voir le monstre de légende hantant les eaux froides et profondes du lac, le N’ha-a-itk, aussi appelé par les blancs l’Ogopogo. En découleront alors des événements en cascade, menant à une fin inattendue, en apothéose !…

Avec une écriture fluide, délicate et parfois drôle, Jean-François Chabas nous offre un roman difficilement identifiable (fantastique, social, adolescent,…?), abordant les thèmes de l’amitié et de l’amour, mais également des relations et des férocités sociales – comme le racisme et l’intolérance, ou encore la violence conjugale -, du besoin de racines et de filiation, de la détresse humaine et des apparences trompeuses. Tout cela avec la fluidité et la noblesse de son écriture…

Un excellent moment de lecture duquel vous sortez un brin déconcerté et songeur ! Parfait !

Les rêves rouges - Jean-François Chabas

Les rêves rouges
Jean-François Chabas
Gallimard, coll. Scripto – Avril 2015
11,90 €

Les rêves rouges