Génération K (tome 1) – Marine Carteron

C’est avec impatience et appréhension que j’ai commencé la lecture de cette nouvelle trilogie de Marine Carteron… Génération K serait-il à la hauteur des Autodafeurs ?

Kassandra, Mina et Georges ont grandi dans des milieux où tout les oppose. Kassandra, fille de riche aristocrate suisse, est en pleine rébellion sur fond de heavy metal. Mina, fille de l’employée de maison de la famille de Kassandra, est douce et en quête de son origine paternelle. Georges, orphelin élevé dans un monastère, est un dur à cuire incarcéré au début de cette histoire. Trois destinées qui se retrouvent mêlées avec des dons surnaturels et par des liens de sang…  Le récit nous emmène dans les bas-fonds de Naples, dénonce des manipulations génétiques, s’inquiète d’une mystérieuse épidémie. Marine Carteron campe un décor et des personnages qui tiennent à nouveau le lecteur en haleine. Le public sera un peu plus âgé que pour les Autodafeurs.

Un bon tome 1 d’heroic fantasy dans l’excellente collection Epik du Rouergue. Vivement le tome 2 !

generation-k-tome-1-marine-carteron

Génération K (tome 1)
Marine Carteron
Edition du Rouergue, cell. Epic – Septembre 2016
14 €
9782812611087

Le Complexe du papillon – Annelise Heurtier

Mathilde est une jeune fille de 14 ans dynamique et sportive – elle fait d’ailleurs partie de l’équipe d’athlétisme du collège. Si sa bonne humeur et son humour semblaient la définir, le décès de sa grand-mère dont elle était très proche l’a énormément affectée ; elle ne parvient pas à faire son deuil. Cela étant, elle n’en parle pas, et encore moins à ses parents. Mathilde se dit qu’ils ne comprendraient pas, eux qui n’ont jamais parlé de chagrin ou de quelque autre émotion. Nous découvrons donc Mathilde le jour de la rentrée, dans cet état émotionnel fragile, mais tout de même heureuse de retrouver sa meilleure amie Louison (malgré son franc parlé qui lui rappelle qu’elle a grossi pendant l’été !…). C’est alors que Mathilde voit arriver Cézanne ; une fille de son collège qui jusque-là était rondouillette et très effacée, mais qui se révèle être aujourd’hui une magnifique demoiselle, correspondant à tous les canons de beauté véhiculés par les magazines de mode. Mathilde n’en croit pas ses yeux, et son estime d’elle-même diminue d’avantage. Mais c’est lors d’un essayage de robe avec Louison que tout va basculer. Ne pas rentrer dans cette sublime robe bleue va faire germer en elle l’idée d’entreprendre un régime. Mathilde va alors mettre le doigt dans un engrenage qui la dépasse : alors qu’elle pense enfin contrôler quelque chose, ses angoisses et sa perception corporelle vont l’entraîner dans des extrémités qu’elle n’aurait jamais pensé atteindre…

Annelise Heurtier nous propose ici un roman réaliste, révélateur d’une problématique sociale occidentale : les troubles alimentaires, et plus particulièrement l’anorexie. Avec toujours beaucoup de pudeur et de respect pour ses personnages, l’auteure nous invite à nous interroger sur un sujet sensible, et cela sans juger ni le malade ayant développé le trouble, ni son entourage qui n’a pas pu prévenir ce drame. Très bien.

Le complexe du papillon - Annelise Heurtier

Le Complexe du papillon

Annelise Heurtier

Casterman – Avril 2016

12,90 €

Enregistrer

Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

Le virus PIK3 a décimé la population, et les animaux – porteurs sains du virus – contribuaient à la large propagation de la maladie. Le gouvernement a donc pris une décision radicale : éliminer TOUS les animaux. Cet holocauste a enrayé l’épidémie, mais, malgré tout, les animaux restent de dangereux indésirables. Ainsi, quiconque rencontrant un animal doit le tuer ou prévenir l’Agence sanitaire, et celui ou celle ne collaborant pas au bon fonctionnement de la protection de la population en ne dénonçant pas la présence d’un animal ou en cachant un sera considéré comme un terroriste potentiel et devra répondre de ses actes devant la justice.

Milo, Linka et sa sœur Oska sont, comme des milliers d’autres enfants, des victimes collatérales de l’épidémie PIK3. Leurs parents et famille proche étant décédés, ils ont été placés dans un orphelinat, où toute leur vie est strictement réglementée, même pendant leurs « heures de permission ». Mais Linka n’est pas du genre à accepter que l’on contrôle sa vie et qu’on lui impose des règles arbitraires et stupides (c’est d’ailleurs ce qui lui vaudra les pires tours de la directrice de la 16e maison, Mme Loubia, et sa mutation dans la maison zéro, où le professeur Singre « reconditionne » les enfants pour en faire de dociles agneaux…) ! Lors de l’une de ses permissions, Linka entre dans un zoo désaffecté, interdit au public. Être prise sur ce chantier pourrait déjà lui coûter très cher, mais ce qu’elle va y trouver et emporter avec elle changera radicalement son destin…

Entre la science fiction et le roman écolo-philosophique, Nous, les enfants sauvages d’Alice de Poncheville est un véritable petit bijou littéraire. Un vrai style ; un traitement original d’une thématique pourtant, elle, récurrente ; des personnages qui n’agissent pas toujours comme on pourrait s’y attendre ; des sujets politiques, sociaux, moraux, philosophiques et écologiques finement abordés ; et enfin, une volonté de faire de la Vie et de l’espoir des causes pour lesquelles il faut savoir se mobiliser et faire entendre sa voix. Peut-on demander davantage ?

Bravo, et un grand merci à l’auteure pour cette piqûre de rappel : nous sommes bien maîtres de nos choix et de nos vies, alors avançons pour rester dignes de la Terre.

Nous les enfants sauvages - Poncheville

Nous, les enfants sauvages
Alice de Poncheville
Ecole des loisirs – Septembre 2015
19,50 €

Nous les enfants sauvages

Lettre à Line – Amélie Billon

Un roman coup de poing très court dans lequel Louise, adulte, écrit à son amie d’enfance Line. Tous les complexes de l’adolescence rejaillissent à travers les souvenirs de la narratrice : le surpoids de l’une, la maigreur de l’autre, les railleries incisives du groupe… L’une veut se fondre dans le groupe, l’autre rester elle-même coûte que coûte.

Un texte puissant avec une émotion grandissante au fil des pages. Le drame s’immisce en avançant dans la lettre où Louise déverse toute la culpabilité qui la ronge depuis tant d’années. Nos adolescents devraient tous lire ces lignes pour prendre conscience de l’impact de paroles cruelles qu’ils sont capables de servir. Merci Amélie Billon.

Lettre à Line
Amélie Billon
Alice éditions – Mars 2015
11 €

Capture d’écran 2015-04-27 à 15.05.43

Madame Cerise ou le trésor des pies voleuses – Sandra Poirot-Chérif

Les pies ont volé les clés de Madame Cerise qui ne peut donc plus rentrer chez elle… Que va-t-elle raconter à Monsieur Cerise ?

On suivra Madame Cerise dans ce livre très tendre d’une vieille dame qui perd la tête. Cette histoire est aussi une formidable histoire d’amour, très émouvante.

Madame Cerise ou le trésor des pies voleuses
Sandra Poirot-Chérif
Rue du monde, sept. 2014
17 €

Capture d’écran 2014-09-22 à 14.36.44

Nos étoiles contraires

Un superbe roman entre rires et larmes à lire absolument et sans relâche. Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Dixit Claire : « Certains infinis sont plus vastes que d’autres »
« Nos étoiles contraires » n’est pas seulement l’histoire de la maladie d’Hazel et Augustus, c’est Hazel et Augustus. Pas seulement l’histoire d’un amour, c’est une déclaration d’amour. Pas seulement l’amour d’une fille pour un garçon, mais aussi celui des parents pour leurs enfants et des enfants pour leurs familles, des soignants pour leurs patients et des patients pour leurs amis, des lecteurs pour leurs romans et des auteurs pour leurs personnages. Pas l’histoire d’un amour infini, mais d’infinies histoires d’amour. Ce n’est pas seulement leur histoire d’amour, leur combat contre la maladie, c’est l’histoire de tous les amours, c’est l’histoire de tous les combats, c’est l’histoire de tous les combats d’amour. J’avais l’impression de lire ma propre histoire et pourtant je n’ai plus 16 ans, ni 17 (l’âge d’Hazel et Augustus), et pourtant je ne suis pas malade : mais les mots qui racontent leur rencontre, leurs questions, leurs colères, leurs peurs, leurs joies, sont les mots que j’aurais aimé écrire (si je savais le faire) sur mon histoire. Ce sont des mots qui dépassent l’âge, qui racontent l’humaine aventure de la rencontre amoureuse, qui racontent non pas une mièvrerie d’amour infini prédestiné et tout et tout, mais un combat permanent pour « être » avec l’autre pas « avoir quelqu’un » ; pour le « choisir » pas le « subir » ; pour « vivre avec » et pas « à la place de » ; et aussi pour « vivre après » et pas « vivre sans ».
Et comme le dit Hazel, il y a plein de nombres infinis entre 0 et 1, il y a donc plein d’infinis entre 0 et 1 : à chacun d’apprendre à les voir, les vivre et les savourer.

Nos étoiles contraires

Nos étoiles contraires
John Green
Nathan – Février 2013
16,50 €