Critique du club des lecteurs : La Joueuse de Go – Shan Sa.

La Joueuse de Go est un roman initiatique et historique, de littérature asiatique, écrit par Shan Sa dans les années 2000. L’histoire se déroule en Manchourie, dans la Chine des années 1930. On suit l’évolution de deux personnages ; une jeune fille et un jeune soldat. D’un chapitre à l’autre, nous suivons la vie de l’un, puis de l’autre.
Alors que la guerre entre la Chine et le Japon fait rage, deux jeunes adultes, une chinoise et un japonais, l’une passionnée par le go, l’autre par la guerre ; elle, poétique, lui, officier à l’armée. Eux, qui sont les contraires, les opposés ; ensemble, ils jouent au go et apprennent à s’aimer.
J’ai adoré ce livre, car il est magnifiquement écrit ! Et qui plus est, il est rédigé à la première personne, ce qui favorise une meilleure identification aux personnages.
La double narration – un chapitre nous parlant de la fille, et le suivant, du garçon – est réellement intéressante. Elle nous permet de comprendre les personnages, leur enfance, leurs pensées, mais aussi d’entrevoir les travers de la guerre (notamment lorsque l’on sait ce que vivent les rebelles…).
Sans vous en dire plus, je dois avouer que la fin du roman m’a surpris, ému, bouleversé.
[Cette critique a été rédigée par Emma, Paloma et Paolo. Merci à eux pour leur super travail !]
Shan Sa-La joueuse.indd
La Joueuse de Go
Shan Sa
Gallimard – Janvier 2003 (pour cette édition)
7,70 €
9782070424191

Enregistrer

Le fils de l’ombre et de l’oiseau

Elie et Elias sont à la Puerta, grand sud du Chili, en 1916 et s’apprêtent à tuer un homme pour la première fois. Cet homme est le célèbre Butch Cassidy. Il dort au bout de leur fusil. Elie a une nuit entière pour raconter pourquoi il veut tuer Butch Cassidy…

Tout commence sur l’île de Pâques en 1801, avec la naissance de Poki, l’arrière-grand-mère d’Elie et Elias, qui depuis toujours préfère les oiseaux à ses semblables. Sa première ambition est même de devenir l’homme-oiseau. La seconde est de retrouver la forêt disparue. Ses deux ambitions entraînent les personnages, notamment son fils Pawel, dans un voyage qui s’étend sur quatre générations de l’île de Pâques à Valparaiso en passant par le fleuve Amazone et Buenos Aires.

Avec une plume toujours magnifique, Alex Cousseau embarque à nouveau son lecteur dans une épopée qui traverse un siècle et un continent. On retrouve l’atmosphère et le périple parcouru par Antoine Anacharsis dans le précédent roman de l’auteur. Entre fable et roman d’aventure, Le fils de l’ombre et de l’oiseau offre une riche traversée de l’Amérique du Sud du 19ème avec ses luttes, comme la révolution bolivienne, et ses grandes découvertes, telle que l’aviation… Chaque décor est planté, les paysages s’offrent de manière explicite au lecteur. Les personnages ont des personnalités très fortes et forcément ambigües. On plonge dans une grande fresque familiale avec de très courts chapitres (que l’on enchaîne du coup sans s’arrêter…). L’écriture dense et documentée d’Alex Cousseau nous fait ici toucher de près au rêve.

Un grand bonheur de lecture qui aurait pu sortir dans une collection adulte du Rouergue.

Merci à Alex Cousseau pour ce moment intense de lecture et au Rouergue de nous le faire partager !

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - Alex Cousseau

Le fils de l’ombre et de l’oiseau
Alex Cousseau
Le Rouergue, coll. Doado – Janvier 2016
14,90 €

Alex Cousseau commence à nous habituer à ses cartes…

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - 1ère carte

Le fils de l'ombre et de l'oiseau

Critique du club des lecteurs : Coraline, Neil Gaiman.

La librairie Tire-Lire est très fière de vous présenter son club de lecteurs ! De jeunes ados, de 11 à 14 ans, se retrouvent tous les vendredis pour échanger, analyser, commenter et développer leur esprit critique, autour d’une lecture commune et d’un thème littéraire. A chaque fin de séquence sur un roman, ils font une critique littéraire de celui-ci, et ont décidé de vous faire partager leurs impressions en proposant une critique collégiale aux blogueurs. Voici la première critique qu’ils aient réalisée cette année ; ils ont lu Coraline, le roman de Neil Gaiman.

Qui n’a jamais connu, au réveil d’un sommeil agité, le trouble de ne plus savoir où il se trouve ? A cet instant, un espace se crée ; ni réel, ni rêvé, nous sommes incapables d’y distinguer le fictif de la réalité. Les deux s’entremêlent et nous interrogent sur la véracité de ce que l’on voit, de ce que l’on ressent, de ce que l’on vit. Si ce trouble, bien heureusement, disparaît tout juste quelques secondes après notre réveil, il fait l’objet central de tout un pan de la philosophie et de la littérature occidentale : le fantastique.

« Ce genre littéraire peut être très simplement défini. C’est l’irruption du surnaturel et de l’irrationnel dans la réalité et le quotidien d’un personnage. Et toute l’œuvre se crée autour d’une oscillation quant à l’interprétation du lecteur ; le personnage vit-il réellement l’horreur ou ne fait-il que la fantasmer, emporté par sa peur, ses angoisses, ses rêves ? A cette question, le fantastique ne donne aucune réponse. Le lecteur doit donc, seul, choisir l’interprétation qui lui semble la plus « vraisemblable ».
Le roman Coraline, de Neil Gaiman (édité en 2003 par Albin Michel) est un conte noir appartenant à ce genre littéraire. C’est l’histoire d’une jeune fille, Coraline, qui vient d’emménager dans une nouvelle maison. Un jour de pluie, alors qu’elle explore sa demeure, elle découvre une mystérieuse porte, normalement condamnée, mais pourtant, à cet instant-là, ouverte sur ce qui semble être le néant. Coraline traverse la porte, et rencontre, de l’autre côté, une femme étrange – portrait-craché de sa mère, si ce n’est que ses yeux ont été remplacés par des boutons. Elle lui dit être son autre mère ; lui dit qu’elle aime comme jamais sa vraie mère ne pourra l’aimer et que, pour ça et à cause de ça, il faut que Coraline reste pour toujours dans cette autre dimension. Coraline parvient à rebrousser chemin, mais à son retour dans sa vraie maison, elle ne retrouve plus ses vrais parents. Elle est alors contrainte, pour les retrouver, de retourner de l’autre côté de la porte et d’affronter son autre mère…
Coraline est un parfait exemple du fantastique. Comme dans les romans les plus classiques du genre, la jeune fille vit une existence tout à fait normale, mais qui devient de plus en plus angoissante à cause d’événements qui surviennent, tous plus troublants les uns que les autres. Ce roman explore également le thème du passage d’un monde connu à un autre, comme dans l’œuvre de Lewis Caroll Alice au pays des merveilles, où Alice passe de son monde à celui des merveilles par un trou dans un arbre. D’autres références sont faites par Neil Gaiman à Alice comme, par exemple la présence d’un chat un peu prétentieux, qui sait de nombreuses choses, des jouets vivants, ou encore la présence d’un miroir qui nous montre « l’autre côté » (c’est un clin d ‘œil évident à la suite d’Alice, De l’autre côté du miroir.). Nous notons aussi que le miroir est l’objet magique par excellence en littérature, et qu’il peut nous montrer ce que nous désirons le plus retrouver, soit ses parents pour Coraline. Cette thématique des parents perdus, ayant basculé « de l’autre côté » se retrouve également dans Harry Potter à l’école des sorciers, lorsque le jeune sorcier voit ses défunts parents dans le miroir du Riséd. »

L’avis de Paloma sur ce roman : « Je trouve ce livre sombre, effrayant, obscure et très inquiétant pour le lecteur. C’est aussi un sublime conte noir. Je n’aime pas forcément ce livre, car il m’a trop effrayée, mais j’ai beaucoup d’admiration pour l’auteur qui a su mêler horreur avec humour et originalité, dans un univers quotidien. »

Une citation pour la route:

« Faut pas croire que c’est facile de s’endormir une fois qu’on s’est mis à douter de tout, à cause surtout de tant de peurs qu’on vous a faites. »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

Coraline - Neil GaimanCoraline
Neil Gaiman
Albin Michel, coll. Wiz – Janvier 2003
10 €

Coraline