Les petits amis de la nuit – Ilya Green

Tendresse et rêverie dans ce livre pour tout-petits. « Au bout de mon lit, la nuit… » Ilya Green invite ses petits lecteurs dans un imaginaire qui leur appartient. Des animaux de toutes les couleurs et de toutes espèces se préparent pour une grande fête.Dans une danse fraternelle, on avance vers le sommeil de l’innocence.

Ilya Green déploie encore sa palette lumineuse. Elle joue avec un album tout-carton au fond noir ce qui est inhabituel pour le public de la petite enfance. Ça fonctionne car dans son illustration ressortent les traits de l’enfance avec une immense candeur dans les regards.

Une belle invitation à la tolérance et à la rêverie à travers un sommeil d’enfant. Chut…

Les petits amis de la nuit
Ilya Green
Didier jeunesse – Août 2017
9782278085460
11,90 €

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Le fils de l’ombre et de l’oiseau

Elie et Elias sont à la Puerta, grand sud du Chili, en 1916 et s’apprêtent à tuer un homme pour la première fois. Cet homme est le célèbre Butch Cassidy. Il dort au bout de leur fusil. Elie a une nuit entière pour raconter pourquoi il veut tuer Butch Cassidy…

Tout commence sur l’île de Pâques en 1801, avec la naissance de Poki, l’arrière-grand-mère d’Elie et Elias, qui depuis toujours préfère les oiseaux à ses semblables. Sa première ambition est même de devenir l’homme-oiseau. La seconde est de retrouver la forêt disparue. Ses deux ambitions entraînent les personnages, notamment son fils Pawel, dans un voyage qui s’étend sur quatre générations de l’île de Pâques à Valparaiso en passant par le fleuve Amazone et Buenos Aires.

Avec une plume toujours magnifique, Alex Cousseau embarque à nouveau son lecteur dans une épopée qui traverse un siècle et un continent. On retrouve l’atmosphère et le périple parcouru par Antoine Anacharsis dans le précédent roman de l’auteur. Entre fable et roman d’aventure, Le fils de l’ombre et de l’oiseau offre une riche traversée de l’Amérique du Sud du 19ème avec ses luttes, comme la révolution bolivienne, et ses grandes découvertes, telle que l’aviation… Chaque décor est planté, les paysages s’offrent de manière explicite au lecteur. Les personnages ont des personnalités très fortes et forcément ambigües. On plonge dans une grande fresque familiale avec de très courts chapitres (que l’on enchaîne du coup sans s’arrêter…). L’écriture dense et documentée d’Alex Cousseau nous fait ici toucher de près au rêve.

Un grand bonheur de lecture qui aurait pu sortir dans une collection adulte du Rouergue.

Merci à Alex Cousseau pour ce moment intense de lecture et au Rouergue de nous le faire partager !

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - Alex Cousseau

Le fils de l’ombre et de l’oiseau
Alex Cousseau
Le Rouergue, coll. Doado – Janvier 2016
14,90 €

Alex Cousseau commence à nous habituer à ses cartes…

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - 1ère carte

Le fils de l'ombre et de l'oiseau

L’Histoire sans fin

Bastian est un garçon de 10 ans mal dans sa peau. Bouc émissaire à l’école à cause de sa timidité, de son sur-poids et de ses lunettes, il ne se sent pas mieux compris à la maison, où son père noie son chagrin d’avoir perdu sa femme dans le silence et le travail. Bastian se sent seul et éprouve un besoin viscéral de s’évader de cette vie. Il rentre dans une librairie où il aperçoit un vieil homme misanthrope et désagréable qui lit un ouvrage dont la couverture en cuir est particulièrement attirante. Pendant que le vieux libraire a le dos tourné, Bastian lui vole le livre et s’en va en courant s’enfermer dans le grenier de son école. Il commence alors à lire et à découvrir une merveilleuse histoire à propos d’un pays fantastique, dirigé par une petite impératrice qui se meurt. Avec sa disparition, c’est tout l’univers sur lequel elle règne qui serait plongé dans le néant. Débute alors une grande aventure pour le personnage héroïque Atreyu, auquel Bastian aimerait tellement ressembler. Cependant, plus les pages passent, plus l’histoire avance, et plus des choses étranges se multiplient dans la lecture de Bastian. Il réalise peu à peu qu’il est lui-même un des personnages de cette Histoire sans fin, et qu’il se doit de traverser la frontière séparant le monde réel du monde fantastique, car en vérité, lui seul peut sauver la petite impératrice…

On considère L’Histoire sans fin en deux temps ; celle où Bastian lit les aventures du héros Atreyu et de son fidèle dragon de chance Fuchur, et celle où Bastian devient lui-même un personnage principal de l’histoire en rejoignant le pays fantastique.

Ce roman, qui fut un grand succès éditorial dans les années 1980, reste encore aujourd’hui d’une originalité fascinante. A l’instar de Bastian, le lecteur est envouté par sa lecture, complètement immergé dans ce monde fantastique qui lui semble familier – puisqu’il est le monde de tous les imaginaires, le monde des rêves et de la création. Outre cet attrait évident, il faut également ajouter que ce roman aborde des thèmes mythiques de la littérature, comme la mise en abîme (le lecteur qui devient moteur de l’action, non plus en créateur mais en personnage), la figure du double (Atreyu et Bastian, le héros et l’anti-héros, la vertu et la faiblesse), le mot-créateur (seul nommé la petite impératrice pourra la sauver. Or, cela reprend le mythe de la Genèse où Dieu crée avant tout le verbe, et la philosophie platonicienne où seul ce qui est nommé existe ; le reste appartient au néant), sans parler des passions humaines qu’il aborde (l’envie, la vanité, l’orgueil, l’amitié, le pardon, l’amour).
Ce grand classique de la littérature jeunesse mérite d’être découvert par les plus jeunes et redécouvert pour les autres ! C’est un véritable cri passionné pour le droit à la rêverie dans un monde qui nous en laisse de moins en moins la place, et un merveilleux tremplin vers la méta littérature.

« Je voudrais bien savoir, se dit-il, ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu’il est fermé. Il n’y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier, et pourtant – il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l’ouvre, une histoire entière est là d’un seul coup. Il y a des personnages […] toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles […]. Tout cela est d’une façon ou d’une autre à l’intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c’est évident. » (édition 2014, p.18)

L'Histoire sans fin - Michael Ende

L’histoire sans fin
Michael Ende
Hachette – Octobre 2014 (1ère édition 1979)
19,90 €

Magnifique adaptation en film en 1984 de la première moitié du livre.

Capture d’écran 2016-02-03 à 20.46.01