Le Clan des Otori – Lian Hearn

Au XIVe siècle, dans un Japon médiéval et fantastique, nous découvrons le destin hors du commun du jeune Takeo. Ce garçon espiègle et agile, grandit avec sa mère, son beau-père et ses sœurs, selon les traditions des Invisibles ; une communauté minoritaire persécutée pour leur croyance en un dieu unique qui ne connaitrait aucune hiérarchie entre ses fils. Pour un Invisible, non seulement le rang social n’influence en rien la valeur d’un Homme, mais en plus, le fait de donner la mort – à un Homme comme à un animal – vous promet à une condamnation divine. Ces fondements religieux ne sont, bien évidemment, pas au goût des samouraïs, dont l’honneur tient à leur pedigree et leur inflexibilité au combat. Un homme plus que les autres encore souhaite voir disparaître les Invisibles : c’est Iida, le chef du clan des Tohan. Réputé pour sa fourberie, son orgueil et sa violence, il fera basculer le destin de Takeo en massacrant toute sa famille et son village. Le jeune garçon sera sauvé de façon providentielle par Sire Shigeru, du clan des Otori, dont la haine contre Iida ne saurait être apaisée que par la vengeance… Dès lors, après avoir juré allégeance et promis sa vie à Shigeru, Takeo se retrouve plongé au cœur de luttes sanglantes et intestines des seigneurs de la guerre. Il devra faire des choix irrémédiables, qui l’entraineront chaque fois plus loin dans la découverte de ses origines, de ses compétences et de son libre arbitre. Jusqu’à quel point Takeo sera-il maître de sa destinée ?… C’est également la question que se pose Kaede ; jeune fille de noble famille, faite otage par l’un des clans allié d’Iida, et dont le fait d’être une femme à la beauté envoutante pourrait être son plus grand malheur… Les vies de Kaede et Takeo vont se croiser et s’unir. L’amour pourra-t-il s’imposer dans ce monde de violences et de vengeances ?…

Une saga extraordinaire, à découvrir ou redécouvrir urgemment en version intégrale !!!!! Un plaisir qui vous prend aux premières lignes et ne vous lâche pas, même après le point final.

A noter : l’auteure a publié cette année un préquel au Clan des Otori, Shikanoko, à découvrir, pour celles et ceux qui ont lu la précédente sage, mais en redemande !

Le Clan des Otori
Lian Hearn
Gallimard – Novembre 2014
26 €
9782070662494

Critique du club des lecteurs : La Joueuse de Go – Shan Sa.

La Joueuse de Go est un roman initiatique et historique, de littérature asiatique, écrit par Shan Sa dans les années 2000. L’histoire se déroule en Manchourie, dans la Chine des années 1930. On suit l’évolution de deux personnages ; une jeune fille et un jeune soldat. D’un chapitre à l’autre, nous suivons la vie de l’un, puis de l’autre.
Alors que la guerre entre la Chine et le Japon fait rage, deux jeunes adultes, une chinoise et un japonais, l’une passionnée par le go, l’autre par la guerre ; elle, poétique, lui, officier à l’armée. Eux, qui sont les contraires, les opposés ; ensemble, ils jouent au go et apprennent à s’aimer.
J’ai adoré ce livre, car il est magnifiquement écrit ! Et qui plus est, il est rédigé à la première personne, ce qui favorise une meilleure identification aux personnages.
La double narration – un chapitre nous parlant de la fille, et le suivant, du garçon – est réellement intéressante. Elle nous permet de comprendre les personnages, leur enfance, leurs pensées, mais aussi d’entrevoir les travers de la guerre (notamment lorsque l’on sait ce que vivent les rebelles…).
Sans vous en dire plus, je dois avouer que la fin du roman m’a surpris, ému, bouleversé.
[Cette critique a été rédigée par Emma, Paloma et Paolo. Merci à eux pour leur super travail !]
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La Joueuse de Go
Shan Sa
Gallimard – Janvier 2003 (pour cette édition)
7,70 €
9782070424191

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Azadah, Jacques Goldstyn.

Un album pudique à la justesse bouleversante…

Que dire d’autre de ce dernier bijou de Jacques Goldstyn, publié aux éditions de La Pastèque, si ce n’est que l’auteur nous offre une nouvelle fois une œuvre rare et sensible. Il nous raconte l’histoire d’une petite fille afghane, de son amitié avec une reporter photographe occidentale en fin de mission ; une femme qui a eu le choix de vivre sa vie comme elle le souhaitait et qui a donné l’envie d’Être et de devenir maîtresse de sa destinée à cette petite fille.

Azadah, c’est l’histoire d’un déchirement, d’une séparation, mais aussi d’une naissance ; celle de l’espoir et de l’Agir. Il faut parfois bien peu de mots et bien peu de traits pour dire beaucoup et bousculer davantage… L’album se termine part un symbole très fort que l’on ne dévoilera pas ici !

Merci à Jacques Goldstyn et à La Pastèque de nous avoir bousculé.

Azadah - Jacques Goldstyn - La Pasteque

Azadah
Jacques Goldstyn
La Pastèque – Juin 2016
15 €
9782923841960

Azadah goldstyn

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Rose afghane – Frank Andriat

Tire-Lire avait envie de vous faire découvrir – ou redécouvrir – ce recueil de nouvelles de Frank Andriat, publié aux éditions Mijade (et dont les droits d’auteur sont versés à l’association Afghanistan libre, de Chékéba Hachemi), parce que les trésors qui vous chauffent l’âme et le cœur doivent être partagés…

L’auteur nous propose ici six nouvelles ; six voix de jeunes femmes, qui nous racontent leur vécu, leur exil, leur quotidien, et ça toujours avec pudeur et finesse. L’auteur, que nous tenons à saluer pour son intelligence et sa bienveillance, ne rentre jamais dans le convenu, le pathos ou le jugement. Il rend justice à des femmes meurtries qui ont, malgré cela, la sagesse de toujours vouloir croire, aimer, danser. Des artisanes de la Vie en lutte pacifique contre les escadrilles de la mort, que ces dernières soient soviétiques, extrémistes, américaines, européennes.

Un recueil en forme de cri d’amour pour un pays qui fut si grand, si noble, et que les hommes ont ravagé ; un message d’espoir et une prière secrète pour que cesse la barbarie et que planent, à nouveau, les cerf-volants dans le ciel bleu de l’Afghanistan.

« Croire au bonheur, c’est vivre et ça conjure la mort. » (p.38)

rose afghane franck andriat

Rose afghane
Frank Andriat
Mijade – Octobre 2012
7 €

 

Le sel de nos larmes – Ruta Sepetys

Janvier 1945, sur la route de la Prusse orientale prise, quatre destinées. Des millions de réfugiés Polonais, Lituaniens, Tchécoslovaques sont pris en étau et tentent de rallier à pied les côtes de la mer Baltique pour fuir sur le premier bateau en partance. L’Allemagne nazie considère tous ces ressortissants comme des sous-hommes. De l’autre côté, l’armée rouge pille leurs terres, viole et tue avec une atrocité qui dépasse le sens commun.

Le destin a réuni Emilia, Florian, Joanna et Alfred. Emilia est e de quinze qui a fui le massacre de son village en emportant un lourd secret. Florian, restaurateur d’œuvres d’art allemand fuyant les nazis, est un déserteur au milieu des réfugiés d’Europe de l’Est. Joanna, infirmière lituanienne, a laissé derrière elle sa famille avec une autorisation d’être rapatriée en Allemagne. Alfred est un matelot nazi du Wilhelm Gustloff, paquebot allemand faisant partie de l’opération Hannibal qui doit évacuer des réfugiés. Quatre personnalités qui traversent des étendues glaciales pour sauver leur peau face à l’horreur.

Ruta Sepetys retrace un bout d’Histoire méconnue à travers le prisme de ces différents regards et cultures. Avec des chapitres très courts, elle brosse des portraits à vif, bouleversants de vérité. Après une longue et lente marche dans des paysages de glace, les faits s’accélèrent au rythme de l’Histoire. Un vibrant hommage à des milliers de victimes oubliées.

Un très beau roman que l’on ne peut pas lâcher.

Le sel de nos larmes - Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes
Ruta Sepetys
Gallimard jeunesse – Juin 2016
16,50 €
9782070580712

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L’Iliade, d’après Homère – racontée par Gillian Cross et illustrée par Neil Packer

Cette réécriture de L’Iliade, proposée par Gillian Cross, est une excellente synthèse du récit homérique. Entre jalousie, vengeance, amour, orgueil et honneur, l’auteur parvient tout à fait à transmettre et expliquer aux jeunes lecteurs ce chef-d’œuvre de la littérature antique. Son travail est soutenu par celui de Neil Packer, l’illustrateur, qui, avec beaucoup de talent et de modernisme, parvient à réinventer l’esthétique gréco-romaine du VIIe-Ve siècle avant J.-C.

Pour une première approche complète et néanmoins simplifiée de l’un des textes fondateurs de la littérature occidentale. Il y a une très belle page qui pose en miroir le côté Grec et le côté Troyen. Un excellent travail qui mérite le coup d’œil !

Iliade d'après Homère - Gillian Cross et Neil Packer - Gründ

L’iliade
Racontée par Gillian Cross et illustrée par Neil Packer
Gründ – Octobre 2015
19,95 €

Iliade - Gillian Cross et Neil Packer - Gründ

Iliade Gründ

Critique du club des lecteurs : Guerre, et si ça nous arrivait ? de Janne Teller

Cette critique est un travail à quatre mains, entre le travail de Paolo et d’Emma.

Paolo :

« Guerre est un roman d’actualité écrit par Janne Teller. Elle essaie de nous sensibiliser au sujet de l’immigration et du sentiment d’exclusion. L’auteur nous parle à la deuxième personne du singulier pour mieux nous mettre dans la peau de son personnage. En ce moment, l’immigration est abondante et nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. Et même ceux qui ont « de la chance » vivent dans des situations désastreuses (les camps de la honte). Ce livre nous démontre que notre vie pourrait être bien différente à cause de la guerre.

Nous avons 10 ans, vivons en France… et c’est la guerre. La vie est difficile, et on peut mourir à tout instant. Avec notre famille, nous décidons de partir en Égypte en tant qu’immigré. Après avoir obtenu le permis de séjour permanent, nous y restons. La guerre a gâché notre vie, « [nous] pens[ons] sans cesse au jour où [nous] pourr[ons] rentrer chez [nous]. » (p.50) Mais où chez nous ? Avons-nous toujours un pays ? »

L’avis d’Emma: « Je trouve que ce roman, rapide et simple à lire, est un texte important. Les conséquences de la guerre nous sont révélées, telles que la peur, l’immigration forcée, la perte de proches, l’angoisse, etc. Une guerre, quel qu’elle soit, peut changer une personne, changer les Hommes. Ce constat me vient du roman Si tu m’avais raconté, écrit par Marie Sauzon (publié en février 2015). La guerre détruit et plonge dans le mutisme. Comment se relever et vivre après avoir connu la mort et le désespoir ? »

Une citation pour inciter à la réflexion :  « Hélas, on voit que de tout temps / les petits ont pâti des sottises des grands. » Les Deux Taureaux et une grenouille, Jean de la Fontaine.

Guerre Janne Teller - ancienne couvertureGuerre Janne Teller - nouvelle couverture

Guerre, et si ça nous arrivait
Janne Teller
Ed. Grandes personnes – Mars 2012
5,50 €

Capture d’écran 2016-02-04 à 08.22.56