Les petits amis de la nuit – Ilya Green

Tendresse et rêverie dans ce livre pour tout-petits. « Au bout de mon lit, la nuit… » Ilya Green invite ses petits lecteurs dans un imaginaire qui leur appartient. Des animaux de toutes les couleurs et de toutes espèces se préparent pour une grande fête.Dans une danse fraternelle, on avance vers le sommeil de l’innocence.

Ilya Green déploie encore sa palette lumineuse. Elle joue avec un album tout-carton au fond noir ce qui est inhabituel pour le public de la petite enfance. Ça fonctionne car dans son illustration ressortent les traits de l’enfance avec une immense candeur dans les regards.

Une belle invitation à la tolérance et à la rêverie à travers un sommeil d’enfant. Chut…

Les petits amis de la nuit
Ilya Green
Didier jeunesse – Août 2017
9782278085460
11,90 €

Sur mon fil – Séverine Vidal et Thomas Louis

Une petite fille est tiraillée entre ses deux parents qui se sont séparés. Elle souffre du moment hebdomadaire de la séparation d’avec l’un ou l’autre qui est toujours tel un petit deuil. Mais elle est parvenue à tisser un fil entre ses deux vies, celle avec son père et celle avec sa mère. Elle est parvenue à tirer le meilleur de la vie avec chacun de ses parents.

Les émotions et préoccupations d’une telle situation sont narrées avec tendresse par Séverine Vidal. Le trait délicat de Thomas Louis porte la petite fille telle une funambule entre les logements de chacun de ses parents. Ils sont parvenus à proposer une histoire pleine de poésie sur le douloureux sujet du divorce des parents et la dualité face à laquelle leurs enfants se retrouvent.

Un livre précieux à partager largement.

Sur mon fil
Séverine Vidal et Louis Thomas
Edition Milan – Février 2017
13,90 €
9782745973412

Les nuits de Lison

Quand une petite fille qui n’arrive pas à dormir et a peur du noir se rassure en inventant ses histoires ! Des scenettes drôlissimes et répliques du même acabit que l’on entend souvent dans la bouche des enfants : Pourquoi les étoiles restent-elles dehors ? (…) Forcément, la nuit de ma chambre est tellement sombre et effrayante !

C’est surtout un livre qui aidera les petits enfants bien coquins à aller se coucher sans crainte…

On retrouve ici un André Bouchard dans sa maîtrise des histoires courtes et incongrues (on se rappelle de Quand Papa était petit il y avait des dinosaures).

Entre rêves et crise de rire, on picore savoureusement Les nuits de Lison !

Les nuits de Lison
André Bouchard
Ed. Seuil jeunesse – Avril 2017
11,90 €
9791023508840

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Robin des graffs – Muriel Zürcher

Sam est un jeune homme généreux. Il chante dans la chorale des Copains d’abord au cimetière du Père Lachaise pour les SDF qui ne seront pas pleurés. Il joue aux échecs contre une vieille dame pour gagner sa vie et son logement. Mais le seul projet plein de sens pour lui est celui de graffer dans Paris tous les animaux de l’Arche de Noé issus d’un livre essentiel de son enfance. Le hasard met sur sa route une petite fille de cinq ans, ayant fugué de son foyer, qui s’accroche à lui en le désignant tout de suite comme sa seule famille. Des enquêtes vont s’entremêler, mais les recherches mettent la police sur les dents : désaccord sur la priorité entre retrouver qui est Robin des graffs ou chercher l’enfant disparue.

Sur un rythme très enlevé aux chapitres très courts, le lecteur ne peut pas lâcher Robin des graffs. (allez, encore un p’tit chapitre !) On savoure l’intrigue pleine de sensibilité, de rebondissements, d’humanité et d’humour. Les nombreux personnages aux identités fortes sont particulièrement attachants : les héros Sam et Lilibelle bien sûr, mais aussi Nora la capitaine de police partagée entre ses émotions et son devoir, Mme Decastel acariâtre et subtile vieille dame, Hector Laval l’avocat de la cause des faibles… Sam ne veut pas s’attacher à cette petite fille car il a un cœur blessé, mais elle lui renvoie toute son enfance et ce qu’il est, il n’arrive pas à la ramener dans son foyer. Tous les questionnements entre ce que chacun doit faire et ce qu’il veut faire sont très forts ; on les retrouve pour presque tous les protagonistes du roman. Aussi, le dilemme subi par la capitaine de police résonne avec l’actualité : faut-il mener l’enquête sur Robin des Graffs que tous les médias relaient comme lui ordonne son commissaire ou bien retrouver la petite fille qui court un danger ? L’analyse du 4ème pouvoir que sont les médias est très fine. Réflexions très actuelles.

Un gros coup de cœur pour ce roman, donc ! Malgré une fin tellement « happy end » (pour briguer Hollywood ça, non ?!).

Robin des graffs - Muriel Zürcher

Robin des graffs
Muriel Zürcher
Ed. Thierry Magnier – février 2016
14,50 €

Robin des graffs

Super Sourde – Cece Bell

Que l’on aime proposer des ouvrages magnifiques comme Super Sourde !

Cece Bell raconte ici son histoire, celle qui a bouleversé sa vie. La narratrice est devenue sourde à 4 ans juste avant de rentrer à l’école où elle arrivera avec un drôle d’appareil auditif en bandoulière. Après un temps d’adaptation à ce système relié à un micro, elle s’intègre dans sa classe avec sa différence. Elle se rend compte qu’elle a un pouvoir qu’aucun autre ne peut avoir dans sa classe : celui d’entendre sa maîtresse quand elle part dans le couloir, en salle des profs, aux toilettes… Cece Bell exprime avec beaucoup d’humour les périodes difficiles dues à cette différence, notamment dans ses relations amicales, mais aussi des moments de grands bonheurs.

Au-delà de l’histoire très touchante de Cece Bell, on retient la démarche positive qu’elle suit pour construire une vie dans laquelle elle se sentira bien. De sourde, elle devient Super Sourde ! Cet ouvrage trouvera une place essentielle dans les bibliographies sur le handicap car il n’y a pas de tabou, le ton est très juste, jamais larmoyant. Avec son trait naïf et intemporel, Super Sourde émouvra petits et grands pendant des générations.

Coup de cœur BD !

Super Sourde - Cece Bell

Super Sourde
Cede Bell
Les Arènes – Octobre 2015
19,90 €

Super Sourde - Cece Bell 1 RevisedChapter4Panels Super Sourde - Cece Bell 3Cece Bell, enfant avec son appareil

Cece Bell

 

Super Sourde

L’Histoire sans fin

Bastian est un garçon de 10 ans mal dans sa peau. Bouc émissaire à l’école à cause de sa timidité, de son sur-poids et de ses lunettes, il ne se sent pas mieux compris à la maison, où son père noie son chagrin d’avoir perdu sa femme dans le silence et le travail. Bastian se sent seul et éprouve un besoin viscéral de s’évader de cette vie. Il rentre dans une librairie où il aperçoit un vieil homme misanthrope et désagréable qui lit un ouvrage dont la couverture en cuir est particulièrement attirante. Pendant que le vieux libraire a le dos tourné, Bastian lui vole le livre et s’en va en courant s’enfermer dans le grenier de son école. Il commence alors à lire et à découvrir une merveilleuse histoire à propos d’un pays fantastique, dirigé par une petite impératrice qui se meurt. Avec sa disparition, c’est tout l’univers sur lequel elle règne qui serait plongé dans le néant. Débute alors une grande aventure pour le personnage héroïque Atreyu, auquel Bastian aimerait tellement ressembler. Cependant, plus les pages passent, plus l’histoire avance, et plus des choses étranges se multiplient dans la lecture de Bastian. Il réalise peu à peu qu’il est lui-même un des personnages de cette Histoire sans fin, et qu’il se doit de traverser la frontière séparant le monde réel du monde fantastique, car en vérité, lui seul peut sauver la petite impératrice…

On considère L’Histoire sans fin en deux temps ; celle où Bastian lit les aventures du héros Atreyu et de son fidèle dragon de chance Fuchur, et celle où Bastian devient lui-même un personnage principal de l’histoire en rejoignant le pays fantastique.

Ce roman, qui fut un grand succès éditorial dans les années 1980, reste encore aujourd’hui d’une originalité fascinante. A l’instar de Bastian, le lecteur est envouté par sa lecture, complètement immergé dans ce monde fantastique qui lui semble familier – puisqu’il est le monde de tous les imaginaires, le monde des rêves et de la création. Outre cet attrait évident, il faut également ajouter que ce roman aborde des thèmes mythiques de la littérature, comme la mise en abîme (le lecteur qui devient moteur de l’action, non plus en créateur mais en personnage), la figure du double (Atreyu et Bastian, le héros et l’anti-héros, la vertu et la faiblesse), le mot-créateur (seul nommé la petite impératrice pourra la sauver. Or, cela reprend le mythe de la Genèse où Dieu crée avant tout le verbe, et la philosophie platonicienne où seul ce qui est nommé existe ; le reste appartient au néant), sans parler des passions humaines qu’il aborde (l’envie, la vanité, l’orgueil, l’amitié, le pardon, l’amour).
Ce grand classique de la littérature jeunesse mérite d’être découvert par les plus jeunes et redécouvert pour les autres ! C’est un véritable cri passionné pour le droit à la rêverie dans un monde qui nous en laisse de moins en moins la place, et un merveilleux tremplin vers la méta littérature.

« Je voudrais bien savoir, se dit-il, ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu’il est fermé. Il n’y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier, et pourtant – il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l’ouvre, une histoire entière est là d’un seul coup. Il y a des personnages […] toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles […]. Tout cela est d’une façon ou d’une autre à l’intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c’est évident. » (édition 2014, p.18)

L'Histoire sans fin - Michael Ende

L’histoire sans fin
Michael Ende
Hachette – Octobre 2014 (1ère édition 1979)
19,90 €

Magnifique adaptation en film en 1984 de la première moitié du livre.

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L’ogre et Marguerite – Raphaële Frier et Solenn Larnicol

Marguerite est une petite fille rêveuse qui aime lire perchée dans son cerisier. Un jour, sa maman invite un monsieur à la maison. Il a de grandes mains et une bouche qui n’a pas de début ni de fin. Marguerite en est sûre : c’est un ogre. Et on ne doit pas rester dans une maison où dort un ogre. Alors elle s’enfuit dans la nuit et se réfugie dans son arbre.

Sous l’illustration délicate de Solenn Larnicol se noue l’histoire des sentiments tiraillés d’une petite fille très réfléchie. La symbolique de l’ogre est primordiale ici, elle traduit l’appréhension de la place que prendra le futur beau-père, forcément castrateur. Aussi, ce n’est pas un hasard si Marguerite se réfugie dans un arbre qui fait écho à un refuge rassurant. Un album important qui traite d’un sujet rarement abordé qui est celui de la reconstruction amoureuse d’un des parents après une séparation.

L'ogre et Marguerite - Frier Larnicol

L’ogre et Marguerite
Raphaële Frier et Solenn Larnicol
Ed. Talents hauts – Octobre 2015
13,90 €