Les Tripodes – John Christopher.

Dans une Angleterre futuriste en ruine, toute technologie a disparu au profit d’un mode de vie médiéval. Pourtant, d’étranges robots géants, les tripodes, peuplent l’horizon tels des gardiens suspicieux. Leur emprise sur les humains s’étend jusqu’au petit village de Will, 13 ans, grâce à des résilles de métal implantées dans le cuir chevelu. Alors que Will se questionne sur leur légitimité et leur bienveillance, un vagabond lui révèle l’existence outre Manche d’une communauté secrète et libre. Il n’aura alors de cesse de rejoindre ces résistants et de lever le mystère qui entoure les tripodes. Ainsi commence son voyage, aventure initiatique, d’amitié et de courage.

Datant de la fin des années 1960 (paru en trois volumes en 1967 et 1968), ce roman de science-fiction n’en soulève pas moins des interrogations très actuelles autour des thèmes de la liberté, de la fraternité ou encore de la politique.

La fluidité et la progression rapide du récit dans un univers intrigant, riche et original  rendent cette aventure si saisissante que le lecteur (adolescent) ne pourra s’en libérer avant le dénouement.

Les Tripodes
John Christopher
École des loisirs – Novembre 2017 (1ère édition originale 1967)
9782211231718
15 €

 

Les Sous-vivants – Johan Héliot

Notre civilisation et le monde que nous avions créés – les codes, les cultures, les dieux,… – sont tombés en cendres. L’Homme moderne n’est plus, et il a emporté dans sa chute les espèces animales (ne restent plus que des sortes d’amphibiens mutants et autres insectes étranges, et quelques oiseaux noirs). Personne ne peut dire ce qui a causé sa perte. Les ruines de notre monde n’apprennent rien aux nouveaux hommes, qui ne sont d’ailleurs plus qu’une poignée d’être humains stériles, vivant en tribus, et dont l’espérance de vie est largement réduite à cause du soleil qui brûle leurs peaux et des maladies qui y sont liées. Et c’est sans compter sur les ferhoms ; d’étranges monstres de fer qui rôdent le soir pour enlever les membres des tribus qui n’auraient pas pris soin de se réfugier dans leur antrenuit au coucher du soleil. Nul ne sait où les ferhoms emmènent les hommes et femmes kidnappés ; les membres des tribus savent juste qu’ils disparaissent dans les entrailles de la Terre pour ne plus jamais en revenir… Et les enfants apparaissent tout aussi mystérieusement ! Les origines et le renouvellement des tribus sont obscurs et couronnés de mythologies toutes plus effrayantes et sibyllines les unes que les autres.

Voilà dans quel monde nous découvrons Soria, fille de la tribu d’Ilsite dont les membres souffrent affreusement de la faim. Amin, le chef de cette tribu et père de Soria, décide de sortir de leur territoire pour aller faire du troc avec une autre tribu. L’entreprise est périlleuse, mais ils n’ont plus le choix. Cependant, comme le craignait Soria, son père est capturé par un ferhom. N’écoutant que son courage, Soria va partir à sa recherche, accompagnée de son ami Selim, et découvrir les Purs, ceux qui se cachent derrière ces monstres d’acier, ainsi que l’étrange secret de leurs origines…

Ce roman de science-fiction, dernière création de Johan Héliot, s’annonce comme une future référence du genre en littérature adolescente : un univers post-apocalyptique saisissant de vraisemblance et de détails, des personnages énigmatiques dont les codes sociaux nous sont tout à fait étrangers et nous mettent parfois mal à l’aise, ou encore une interprétation des origines de cette néo-humanité à la fois dérangeante mais rassurante… Autant d’éléments qui font qu’une fois la première page passée, vous ne pouvez plus vous arrêtez de lire ! Notons les hommages plus ou moins directs rendus par J. Héliot à l’œuvre de H.G. Wells, La Machine à explorer le temps, via la structure des sociétés (sur terre/sous terre), les « habitudes culinaires » des Purs et leur apparence (pourtant peu décrite) rappelant étrangement celle des Morlocks… Frissons de dégoût garantis !

Les sous vivant - Johan Héliot

Les Sous-Vivants
Johan Héliot
Seuil – Janvier 2016
14 €

Les sous vivants

Mon heure viendra – Nina Vogt-Ostli

Mon heure viendra, c’est ce dont est persuadé Hans Petter, collégien de 15 ans en classe de 3°. Il est harcelé par une bande de sa classe dont le chef est Andréas, un costaud pas très malin mais qu’il craint énormément et cela depuis l’âge de cinq ans. Bouc-émissaire de tout le collège, invisible aux yeux des autres, il ne sait que faire pour se défendre et gérer cette faiblesse de caractère.

Il est un jour contacté par une adolescente de son âge – Féra – qui lui dit vivre dans le futur. Ils vont tchater, correspondre par mail et devenir amis.

Féra vit donc dans le futur, dans une société aseptisée, réglementée, où tout est prévu pour chaque individu depuis sa naissance. Aucune place n’est laissée à l’imagination ou à l’individualisation d’un désir quelconque, tout dans son monde est prédéterminé pour le bien de tous.

Elle dit étudier le passé à travers Hans Petter afin de prémunir son monde d’une seconde catastrophe. Entre eux va commencer un dialogue sur la liberté de l’individu, le déterminisme – ou non – de la vie et la possibilité de s’accomplir et d’agir sur son avenir.

Les deux thèmes développés par ce roman sont percutants pour les adolescents. D’une part le harcèlement au collège qui pourrit le quotidien d’un individu, son incapacité à réagir et à savoir comment s’en sortir. D’autre part le libre arbitre de chacun. Peut-on par sa propre volonté agir sur sa vie, parfois en allant contre ses pulsions même si cela implique de renoncer à la facilité. C’est cette réflexion, profonde et bien argumentée, qui, petit à petit va s’imposer à Hans Petter, le héros de ce roman bien écrit (ou traduit ) sans condescendance ni mièvrerie.

L’histoire, bien ancrée dans le quotidien de l’adolescence, tient le lecteur en haleine grâce à ses personnages forts et crédibles.

Mon heure viendra - Nina Vogt-Ostli

Mon heure viendra
Nina Vogt-Ostli traduit du norvégien par Aude Pasquier
Actes Sud Junior – Avril 2015
13,50 €

Mon heure viendra

 

U4 – Grevet, Hinckel, Trébor, Villeminot

Vincent Villeminot, Florence Hinckel, Yves Grevet et Carole Trébor (avec le soutien des maisons d’édition Syros et Nathan) nous offrent une rentrée explosive !… Un conseil : accrochez-vous.

Un filovirus méningé appelé U4 s’est propagé dans toute l’Europe. En moins de deux semaines, il a décimé plus de 90% de la population. Seuls certains adolescents semblent être immunisés contre le virus et parviennent à survivre. La nourriture et l’eau potable commencent à manquer, et l’électricité et moyens de communication sont sur le point de lâcher.

Un jeu en ligne multi-joueurs ; un maître du jeu qui poste une annonce à l’attention de ses experts, pour les exhorter de venir le 24 décembre à minuit sous la plus vieille horloge de Paris. Le but : remonter le temps et sauver le monde. Jules, Koridwen, Stéphane et Yannis vont répondre à cet appel – eux qui n’ont plus rien à perdre -, et entreprendre leur périple depuis les quatre coins de la France pour rejoindre Paris.

Quatre romans pour quatre personnages et quatre aventures. Quatre visions, quatre voix et quatre expériences. Mais un univers et une destination commune. Avec quel personnage commencerait vous votre immersion dans cet univers apocalyptique ?…

Non seulement, l’idée est phénoménale, mais la réalisation est parfaitement réussie ! Bravo aux quatre auteurs (qui sont quatre plumes de renom) et à l’engagement de Syros et Nathan.

U4 Koridwen – Yves Grevet
U4 Yannis – Florence Hinckel
U4 Jules – Carole Trébor
U4 Stéphane – Vincent Villeminot
Syros – Août 2015
16,90 €

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U4 - Grevet Hinckel Trébor Villeminot - Syros

Une rencontre captivante avec Johan Héliot et Yves Grevet

Samedi 13 juin, nous avons eu la chance – ou plutôt l’honneur ! – de recevoir Yves Grevet et Johan Héliot à la librairie. Nous les remercions encore pour leur présence, ainsi que pour leur investissement et leur disponibilité auprès de leurs lecteurs.

Rencontre Johan Héliot et Yves Grevet Les festivités ont été ouvertes par Yves Grevet, qui nous a fait le plaisir de nous parler de son travail d’écriture via ses romans Méto et Nox. Ainsi, nous avons appris que certaines scènes naissent dans son imagination bien avant que le roman ne commence à voir le jour ; la scène du dortoir dans les premières pages de Méto (tome 1) par exemple, vient d’une idée que l’auteur a eu une dizaine d’années plus tôt ! Le temps de maturation peut donc parfois être très long pour Yves Grevet avant qu’il ne mette en place la structure d’une histoire et d’un texte.

L’auteur nous a également confié qu’il lui arrivait de penser à une idée de roman pendant la rédaction d’un autre : c’est en rendant Méto aveugle un certain temps dans le deuxième tome de la trilogie que l’idée de Nox lui est venue. Cela est né de l’envie de faire vivre ses héros dans le noir complet. D’autre part, la rédaction de Nox répondait au souhait de donner la parole à plusieurs personnages, et notamment aux « ennemis » du/des héros, aux « méchants ». Yves Grevet avait envie de voir ses personnages se complexifier, mais aussi de montrer que les choses ne sont pas toujours manichéennes ; que la cruauté n’est pas innée, et que la psychologie et le vécu peuvent parfois expliquer le comportement de certains.

Yves Grevet nous a également fait le plaisir de nous parler du projet U4 ; événement littéraire qui représentera un temps fort de la rentrée.
Le projet U4, c’est la rencontre de quatre auteurs – Carole Trébor, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Yves Grevet – et de deux éditeurs – Syros et Nathan –, qui décident de travailler ensemble pour servir une grande aventure littéraire, qui coupera le souffle à plus d’un lecteur, soyez-en sûrs ! Ce projet représente plus de deux ans de travail et des heures de relecture et de réajustement autour de règles et d’un scénario communs aux quatre auteurs. Ainsi, vous pourrez découvrir, dès le 27 août, quatre romans autonomes mettant en scène quatre adolescents (deux filles et deux garçons) d’horizons très différents qui doivent affronter une horrible situation : un virus a éradiqué 90 % de la population, seuls les adolescents ont été épargnés. Et dans ce monde-fantôme, ils cherchent, chacun à leur manière, à sauver leur peau et, peut-être bien, le monde… Les personnages se croisent et s’influencent, mais chaque tome pourra être lu indépendamment. Un sacré projet à ne pas rater !

Johan Héliot est alors entré sur scène, et s’est prêté au jeu de répondre à toutes nos questions. Nous avons alors pu entrer dans le vif du sujet de cette rencontre ; la dystopie et ses différents traitements dans la littérature pour la jeunesse.
Dans un premier temps, nous leur avons demandé de définir le terme de dystopie, puis celui d’anticipation. Johan Héliot a alors eu cette formule : « la dystopie, c’est un monde de cauchemars, dans lequel il faut se battre pour survivre et se libérer ». Yves Grevet a rajouté à cela que la dystopie, c’est une utopie qui, comme toujours et comme nous l’a appris l’Histoire, finit mal. Quant à l’anticipation, l’un et l’autre étaient d’accord pour dire qu’elle débute toujours dans la tête de l’auteur par une problématique sociale ou technologique actuelle qui est pensée, poussée à son paroxysme. C’est l’envie de soulever une question sans véritable réponse possible ; jusqu’où l’Homme ira-t-il ? De quoi est-il capable et qui ou quoi pourrait l’arrêter ?…
Suite à ces définitions, nous avons interrogé les auteurs sur le fait que ce genre littéraire est récurrent dans la littérature adolescente. Selon eux, cela répond à un besoin d’une opposition forte, ressentie par un certain lectorat, contre l’ordre imposé qui semble parfois injuste et arbitraire. Chaque génération se construisant sur la précédente, il y a toujours un moment où la nouvelle doit dépasser l’ancienne et remettre en question son autorité.
L’adolescence, c’est une période de rupture avec les parents et l’acquisition d’autonomie, c’est un âge de questionnement sur la détermination de chacun et la notion d’héritage. Voilà pourquoi, selon Yves Grevet et Johan Héliot, ce genre littéraire plaît beaucoup au jeune lectorat : il met en scène des personnages critiques et auto-déterminés, qui décident de refuser l’oppression des générations passées et obéissent, ainsi, aux mêmes besoins – symboliques – qu’eux.

Suite à ce débat, Yves Grevet a dû nous laisser, et nous avons ainsi pu faire plus ample connaissance avec l’univers singulier de Johan Héliot. Ce dernier, spécialiste de SF, nous a confié certaines de ses récurrences, de ses influences et de ses questionnements.
Chez Johan Héliot, l’élément technologique est primordial dans ses œuvres de SF et de dystopie. Même s’il se défend d’être un « geek », et se définit lui-même comme « un dinosaure de la technologie », il aime cependant observer les évolutions techniques de notre société et voir leurs impacts sur nos vies et celles, hypothétiquement, des générations à venir. Ainsi, il a expliqué que l’idée initiale de CIEL lui est venue à la lecture d’un article d’un magazine de vulgarisation scientifique, où l’on interrogeait différents chercheurs sur l’une des causes probables, selon eux, de la fin du monde. Le spécialiste de la technologie a avancé l’idée de la supériorité des machines sur l’esprit humain d’ici les années 2030, ce qui pourrait aboutir, à plus ou moins long terme, à l’extinction de l’humanité. Johan Héliot a donc fait de cette idée le point d’encrage de sa dernière quadrilogie.

Bien évidemment, les influences de l’auteur ne sont pas uniquement scientifiques, elles sont également littéraires. Ainsi, il nous a parlé de l’impact de Daniel Keyes et de son roman Des Fleurs pour Algernon sur l’écriture des Substituts. Johan Héliot s’est inspiré de la trame de ce roman pour créer son propre univers.

Dans le roman de Keyes, des chercheurs injectent un produit dans le sang du personnage principal pour le rendre plus intelligent, et le développement littéraire se fait au diapason avec le développement de sa pensée. Si Johan Héliot a gardé ce dernier effet stylistique, il a inversé la donne en greffant à ses personnages des puces qui ne les rendent pas plus intelligents, au contraire, puisqu’elles bloquent leurs capacités d’apprentissage ou leur donnent un savoir très spécifique et limité. Nous noterons également que l’utilisation de puces pour maintenir une partie de la société dans l’obscurantisme et la contrôler est une récurrence chez l’auteur. En effet, nous pouvons retrouver ce ressort littéraire dans son roman Ados sous contrôle.
Johan Héliot nous a également fait part de son engouement pour le cinéma, qui a, lui aussi, grandement influencé certains de ses écrits. En exemple précis, l’auteur nous a parlé du fait que « la horde » dans Les Substituts est un clin d’œil direct et non-dissimulé à Mad Max, ce film hors du commun de science-fiction post-apocalyptique des années 1970. Cela étant, et de manière plus générale, Johan Héliot nous a confié qu’il développe ses romans de façon très cinématographique ; ce sont des images, comme autant de travellings, qu’il imagine, puis retranscrit dans un deuxième temps.
Toutes ces informations palpitantes nous ont été données avec beaucoup d’enthousiasme, au cours d’une table ronde, d’un véritable échange entre nos lecteurs passionnés et Johan Héliot.

La librairie tient également remercier ses lecteurs si curieux et enthousiastes, – en plus de Johan Héliot et Yves Grevet qui, nous le répétons, ont été tout bonnement géniaux et ont participé, par leur simplicité et bienveillance, à l’émulsion de cette journée extraordinaire – et ont animé le débat de leurs questions toujours pertinentes !
Ces quelques lignes sont le résumé d’une superbe après-midi passée en compagnie de deux grands auteurs ; une rencontre au sommet de l’anticipation et de la dystopie dans la littérature de jeunesse. Tout simplement idéal ! Merci encore à tous et toutes.