On est tous faits de molécules – Susin Nielsen

Une fois de plus, Susin Nielsen capte son lecteur avec un récit de vie très percutant.

Un roman à deux voix, où prennent la parole en alternance un adolescent franchement « geek » ayant perdu sa mère deux ans auparavant, et sa nouvelle demi-sœur, une des filles les plus populaires (et superficielles) du lycée. Bousculés par les changements de la vie des adultes qui les entourent, Stewart et Ashley, chacun à sa manière, font face. Comment la singularité des êtres, un chat névrosé et le hasard des interactions humaines peuvent venir à bout de bien des problèmes.

Susin Nielsen aborde des sujets de société profonds sans tomber dans les clichés. Un bon roman qui nous sort des histoires sombres !

On est tous faits de molécules - Susin Nielsen

On est tous faits de molécules
Susin Nielsen
Hélium – Avril 2015
14,90 €

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L’Échassier de l’empereur – Maud Michel et Marie Caudry

Maud Michel et Marie Caudry nous dévoilent ici un très joli conte japonais sur la différence et l’acceptation de soi.

Kogata, un petit garçon de la province de Musashi, se voit obligé par ses parents de porter un masque en bois pour se cacher des villageois qui le considère comme si laid qu’il ne peut être que le fruit d’un démon…

Rejeté de tous et chassé par sa famille, Kogata se retrouve désespérément seul. L’unique rêve auquel s’accrocher : devenir un jour samouraï. Mais le jeune garçon ne restera pas longtemps seul. Deux petits esprits attachants et malicieux vont l’accompagner dans sa quête de reconnaissance et d’acceptation, et dans son cheminement vers une révélation bien plus grande et importante encore que tout ce qu’on a bien voulu lui faire croire jusqu’à présent : la grandeur d’âme, le courage et la bonté sont les seules beautés qui peuvent transcender nos vies.

Un conte initiatique et philosophique qui nous rappelle que nul ne doit être jugé sur ce qu’il n’a pu choisir (comme son corps), mais qu’il doit plutôt être considéré en fonction de ses actes. Personne ne peut être réduit à une simple apparence, et c’est celui ou celle qui s’y entêterait qui devrait alors être considéré comme handicapé.

Le lecteur savourera la plume subtile de Maud Michel et les illustrations raffinées de Marie Caudry.

L'échassier de l'empereur - Maud Michel et Marie Caudry

L’Échassier de l’empereur
Maud Michel et Marie Caudry
Magnard jeunesse – Mai 2015
16,90 €

L'échassier de l'empereur - Maud Michel et Marie Caudry

Joséphine – Patricia Hruby Powell et Christian Robinson

Une biographie de la pétillante et engagée Joséphine Baker, sous-titrée « Joséphine Baker, la danse, la Résistance et les enfants », qui est une belle introduction du personnage pour les enfants, bien documentée.

Disparue il y a 40 ans, Joséphine Baker reste une figure incontournable aux multiples facettes : chanteuse, danseuse métisse afro-américaine, mais surtout une femme généreuse, féministe, et engagée contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis, puis dans la Résistance en France. L’Amérique n’était pas prête à accueillir une grande star noire. La France l’était, et elle y réalisa son plus grand rêve : constituer une « tribu arc-en-ciel », en adoptant douze enfants aux origines et aux religions très diverses.

Les illustrations dynamiques et colorées tiennent le rythme soutenu de la narration. La palette très tonique reflète la danse bouillonnante de Joséphine, une époque de strass et paillettes, mais aussi une période lourde en luttes sociales. Le texte est ponctué de citations qui appuie l’accent de vérité de cette biographie et l’engagement de ce personnage hors du commun.

« Vivre, c’est danser. J’aimerais mourir à bout de souffle, épuisée, à la fin d’une danse. » Joséphine Baker, 1927

Joséphine - Patricia Hruby Powell et Christian Robinson

Joséphine
Patricia Hruby Powell et Christian Robinson
Editions Rue du Monde – Avril 2015
19,50 €

Joséphine - Patricia Hruby Powell et Christian Robinson

Joséphine - Patricia Hruby Powell et Christian Robinson

Joséphine - Patricia Hruby Powell et Christian Robinson

Joséphine Baker - P. Hruby Powell & C. Robinson

Lettre à Line – Amélie Billon

Un roman coup de poing très court dans lequel Louise, adulte, écrit à son amie d’enfance Line. Tous les complexes de l’adolescence rejaillissent à travers les souvenirs de la narratrice : le surpoids de l’une, la maigreur de l’autre, les railleries incisives du groupe… L’une veut se fondre dans le groupe, l’autre rester elle-même coûte que coûte.

Un texte puissant avec une émotion grandissante au fil des pages. Le drame s’immisce en avançant dans la lettre où Louise déverse toute la culpabilité qui la ronge depuis tant d’années. Nos adolescents devraient tous lire ces lignes pour prendre conscience de l’impact de paroles cruelles qu’ils sont capables de servir. Merci Amélie Billon.

Lettre à Line
Amélie Billon
Alice éditions – Mars 2015
11 €

Capture d’écran 2015-04-27 à 15.05.43

Mon bébé croco – Gaëtan Dorémus

Un album à deux voix ; celles de deux êtres que tout oppose, des ennemis jurés qui pourtant s’aiment d’un amour profond et filial.

Un énorme croco à lunettes trouve, un jour de chasse, ce qui lui semble être un petit croco abandonné. Il décide de le récupérer et de s’en occuper comme de son propre bébé. Il trouve tout de même que ce bébé croco est bien étrange ; il ne veut pas manger de viande cru, il rouille quand il va dans l’eau et sa carapace brille sous la moindre lumière. Ce que le grand croco ne sait pas encore, mais que le lecteur a compris dès le début, c’est qu’il ne s’agit pas d’une bébé croco, mais d’un petit garçon, chevalier en armure. Bien évidemment, arrive le moment où le croco s’en rend compte, mais il a alors cette réflexion, si touchante : « je décide que ce petit garçon restera mon bébé pour toujours ».
Le croco et l’enfant se retrouve face à face, le masque est tombé. Et pourtant rien n’a changé entre eux, ils sont même plus complices encore. Rien ? Si, tout de même. Chacun a conscience du mal qu’il pourrait faire à l’autre, et du mal que l’autre pourrait leur faire. Et malgré tout l’amour qu’ils se portent, cette pensée ne les laisse plus jamais vraiment tranquilles. Alors, malgré ce que leurs cœurs leur dictent.
Les peurs et les préjugés ne peuvent rien contre le cœur lorsque celui-ci est parvenu à les dépasser. Il trouvera toujours le moyen de faire entendre SA propre voix.

Cet album, dont la mise en page doit être saluée, est un OVNI du genre. Bien évidemment, d’autres ont abordé la notion d’amour au-delà des préjugés, mais celui-ci va plus loin. D’une part, Gaëtan Dorémus donne la parole aux protagonistes eux-mêmes. Nous vivons cette relation de l’intérieur, nous avons accès aux pensées de l’un et l’autre. D’autre part, les personnages ne parviennent pas à se détacher de leur peur de l’autre ; ils sont prisonniers de leurs craintes, et c’est pour cela qu’ils doivent se séparer. Pourtant, ils finissent par se retrouver… L’ellipse de temps force le lecteur à choisir seul s’ils ne se sont en fait jamais quittés, ou si leur peur a fini par s’effacer pour ne laisser place qu’à leurs sentiments. Mais, quelque soit le scénario choisi par le lecteur, cette fin nous prouve que l’amour est peut-être bien le seul chemin de la sagesse ; il est libre de tout préjugé et peut nous rendre libre si l’on accepte de le suivre.
Enfin, nous devons noter cette illustration, à la fois dure et sauvage, mais également ses couleurs chaudes, tout à fait révélatrices du vécu et du ressenti des personnages ; entre danger et amour, entre force et fragilité, entre Bête et Homme, entre ennemi et ami. Un album abouti qui sort des sentiers battus : bravo.

Mon bébé coco
Gaëtan Dorémus
Albin Michel – Avril 2015
14,90 €

Capture d’écran 2015-04-13 à 18.56.33

 

Half Bad – Sally Green

Nathan est le fils illégitime d’une sorcière blanche, issue d’une grande famille renommée, et du plus puissant et du plus monstrueux sorcier noir ; Marcus. Ce dernier est traqué pour pratique de la magie noire, multiples homicides et actes de barbarie. En effet, après avoir tué ses victimes, Marcus mange leur cœur pour voler leur Don. Une telle hérédité ne facilite pas la vie de Nathan, bien au contraire… Il n’a pourtant jamais connu son père, mais on ne cesse de lui rappeler que c’est l’homme le plus recherché du Royaume-Uni, qu’il est un monstre, et que l’enfant d’un monstre ne peut être qu’un monstre lui-même… Le Conseil, ordre suprême du monde des sorciers, va s’échiner à réduire, à détruire la vie de Nathan, en restreignant par différents décrets et notifications la liberté de ce « sang-mêlé » comme il le nomme, jusqu’à l’éloigner de sa famille, l’enfermer, le marquer dans sa chair, le traquer pour le détruire et l’utiliser pour détruire son père. En plus de ces menaces incessantes, la vie de Nathan est également mise en danger par le fait que, si à ses 17 ans, il ne reçoit pas trois présents et le sang de l’un de ses ancêtres lui permettant de se hisser au rang de véritable sorcier, un destin funèbre l’attend… Une course contre la montre, contre le monde et contre soi-même commence alors pour Nathan.

Entre chasse à l’homme et quête de soi, Half Bad, de Sally Green, nous propose une lecture haletante et efficace, interrogeant les liens du sang, l’hérédité et le déterminisme social. Sommes-nous responsables des actes de nos parents, et sommes-nous capables d’aller à l’encontre de ce que tout le monde pense de nous, pour être auto-déterminé et choisir nous-mêmes notre propre destinée ? Un très bon moment de lecture, entre action et situations critiques qui coupent la respiration, et poussent à la réflexion… Que demander de plus ?!

Half bad
Sally Green
Milan – Septembre 2014
16,90 €

Capture d’écran 2014-11-26 à 10.12.47

 

 

 

La cour des miracles – Henri Meunier et Jean-François Martin

Une promenade poétique et philosophique au royaume des éclopés et des marginaux, pour interroger les différences et les préjugés sociaux…

Le texte d’Henri Meunier et les illustrations de Jean-François Martin proposent au lecteur une déambulation dans les ruelles de la cour des miracles, où l’on croise des personnages atypiques –  des angelots noirs, une liseuse de bonne aventure, un cyclope,un éléphant barman,… – qui sont autant de références à ces figures d’exclus passées et présentes dans l’inconscient collectif.
Cet album questionne nos présomptions et le poids des apparences dans notre société. Sommes-nous obligés de ressembler aux « autres » pour mériter notre statut d’Homme ? Et notre humanité ne passe-t-elle pas par une chose bien plus essentielle que notre aspect extérieur ?
Le cheminement physique du personnage accompagne le cheminement psychique du lecteur, qui, arrivé au terme de la balade littéraire, pourra à son tour reprendre son chemin sur Le Grand Boulevard, avec un regard différent sur les petites ruelles adjacentes et ceux qui s’y promènent…
Un album qui résonne comme une parenthèse de douceur et d’humanité, et qui nous pousse à nos interroger sur nos propres différences et idées reçues… Bravo et merci.

« Je ne suis pas un éléphant, je ne suis pas un animal, je suis un être humain,je suis un Homme. » Elephant Man, David Lynch (1980).

La cour des miracles
Henri Meunier et Jean-François Martin
Le Rouergue – Octobre 2014
15 €

Capture d’écran 2014-11-17 à 17.39.50