L’Histoire sans fin

Bastian est un garçon de 10 ans mal dans sa peau. Bouc émissaire à l’école à cause de sa timidité, de son sur-poids et de ses lunettes, il ne se sent pas mieux compris à la maison, où son père noie son chagrin d’avoir perdu sa femme dans le silence et le travail. Bastian se sent seul et éprouve un besoin viscéral de s’évader de cette vie. Il rentre dans une librairie où il aperçoit un vieil homme misanthrope et désagréable qui lit un ouvrage dont la couverture en cuir est particulièrement attirante. Pendant que le vieux libraire a le dos tourné, Bastian lui vole le livre et s’en va en courant s’enfermer dans le grenier de son école. Il commence alors à lire et à découvrir une merveilleuse histoire à propos d’un pays fantastique, dirigé par une petite impératrice qui se meurt. Avec sa disparition, c’est tout l’univers sur lequel elle règne qui serait plongé dans le néant. Débute alors une grande aventure pour le personnage héroïque Atreyu, auquel Bastian aimerait tellement ressembler. Cependant, plus les pages passent, plus l’histoire avance, et plus des choses étranges se multiplient dans la lecture de Bastian. Il réalise peu à peu qu’il est lui-même un des personnages de cette Histoire sans fin, et qu’il se doit de traverser la frontière séparant le monde réel du monde fantastique, car en vérité, lui seul peut sauver la petite impératrice…

On considère L’Histoire sans fin en deux temps ; celle où Bastian lit les aventures du héros Atreyu et de son fidèle dragon de chance Fuchur, et celle où Bastian devient lui-même un personnage principal de l’histoire en rejoignant le pays fantastique.

Ce roman, qui fut un grand succès éditorial dans les années 1980, reste encore aujourd’hui d’une originalité fascinante. A l’instar de Bastian, le lecteur est envouté par sa lecture, complètement immergé dans ce monde fantastique qui lui semble familier – puisqu’il est le monde de tous les imaginaires, le monde des rêves et de la création. Outre cet attrait évident, il faut également ajouter que ce roman aborde des thèmes mythiques de la littérature, comme la mise en abîme (le lecteur qui devient moteur de l’action, non plus en créateur mais en personnage), la figure du double (Atreyu et Bastian, le héros et l’anti-héros, la vertu et la faiblesse), le mot-créateur (seul nommé la petite impératrice pourra la sauver. Or, cela reprend le mythe de la Genèse où Dieu crée avant tout le verbe, et la philosophie platonicienne où seul ce qui est nommé existe ; le reste appartient au néant), sans parler des passions humaines qu’il aborde (l’envie, la vanité, l’orgueil, l’amitié, le pardon, l’amour).
Ce grand classique de la littérature jeunesse mérite d’être découvert par les plus jeunes et redécouvert pour les autres ! C’est un véritable cri passionné pour le droit à la rêverie dans un monde qui nous en laisse de moins en moins la place, et un merveilleux tremplin vers la méta littérature.

« Je voudrais bien savoir, se dit-il, ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu’il est fermé. Il n’y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier, et pourtant – il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l’ouvre, une histoire entière est là d’un seul coup. Il y a des personnages […] toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles […]. Tout cela est d’une façon ou d’une autre à l’intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c’est évident. » (édition 2014, p.18)

L'Histoire sans fin - Michael Ende

L’histoire sans fin
Michael Ende
Hachette – Octobre 2014 (1ère édition 1979)
19,90 €

Magnifique adaptation en film en 1984 de la première moitié du livre.

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La Belle et le fuseau, Neil Gaiman et Chris Riddell.

L’histoire de deux femmes de légendes devenant maîtresses de leur vie, voilà ce que nous proposent de lire Neil Gaiman et Chris Riddell dans leur ouvrage La Belle et le fuseau. Une réécriture qui dépoussière les contes classiques et balaie les stéréotypes sur les princesses et donc, par extension, sur les femmes où une sorte de Blanche-Neige rencontre une presque Belle au bois dormant.

Une reine, dont les cheveux sont plus noirs que l’ébène, les lèvres aussi rouges que le sang, et la peau, blanche comme neige doit bientôt se marier. L’idée ne la ravit pas ; après avoir dormi d’un sommeil magique pendant un an, voilà qu’elle devrait épouser un homme qu’elle ne connaît quasiment pas… A ses yeux, ce mariage représente la mort de sa propre volonté et de sa vie telle qu’elle aimerait la mener. Mais un événement va venir interrompre sa réflexion. Trois de ses amis nains viennent la prévenir que de l’autre côté des montagnes infranchissables, un mal se répand de plus en plus vite. Un sommeil magique et éternel est en train de toucher tout le monde, et rien n’indique que le maléfice s’arrêtera aux frontières naturelles, épargnant ainsi le royaume de la reine. Une seule solution pour que tout cela prenne fin ; aller réveiller d’un baiser la princesse ensorcelée qui dort depuis quasiment cent ans dans son château, gardée par une armée de ronces. La reine, dans une sorte de fuite en avant, décide de relever le défi. Parviendra-t-elle à sauver son royaume, mais aussi à se sauver elle-même ? A moins que la princesse endormie soit elle-même capable de faire ses propres choix…

Neil Gaiman et Chris Riddell ont cherché à conjurer le sort de toutes ces pauvres Ophélie de contes de fées ; ces bien passives princesses qui, sans leurs princes, ne sont rien ni personne. Une revanche bien sentie qui invite le lecteur à reconsidérer les rôles des princesses (et notamment de Blanche-Neige et de la Belle au bois dormant) dont les contes sont pourtant éponymes. En effet, pourquoi ne sont-elles pas héroïnes et moteurs de leur propre histoire ?… Un album faisant naître une réflexion sur le rôle des femmes dans nos sociétés occidentales, et tout ça, avec le talent que l’on connaît de Gaiman et Riddell… On en redemande !

La belle et le fuseau Neil Gaiman Chris Riddell

La belle et le fuseau
Neil Gaiman et Chris Riddell
Albin Michel – Octobre 2015
19 €

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La belle et le fuseau

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… – Isabelle Simler

Ce magnifique album, réalisé par les doigts délicats d’Isabelle Simler et proposé par les éditions Courtes et Longues, est un voyage dans l’intimité et l’infiniment désuet de tous ces êtres de papier qui nous ont guidés ou effrayés au fil de notre enfance. Ainsi, nous découvrons ce que Geppetto, Peau d’Âne ou encore la fée Carabosse et le Capitaine Crochet ont oublié au fond de leurs poches.

Que cela soit pour le plaisir de deviner à qui appartient le petit bazar étalé sous nos yeux, ou pour l’amour d’une poétique du détail et de l’insignifiant, cet album exquis est une perle que tout le monde devrait très vite mettre au fond de sa poche ! Et en s’y mettant à plusieurs, le jeu de devinettes n’en est que plus drôle.

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… - I Simler

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres…
Isabelle Simler
Ed. Courtes et Longues – Août 2015
22 €

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Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… - Isabelle Simler

Les Rêves rouges, Jean-François Chabas

Lachlan Ikapo a 14 ans. Il vit seul avec sa mère, la fière Flower Ikapo, qui a fait le choix de quitter sa famille et la réserve indienne pour s’installer parmi les blancs ; parce que ce n’est pas une femme à qui l’on impose une vie qu’elle ne souhaite pas… Lachlan n’a pas toujours été un enfant de chœur, bien au contraire. Il a longtemps fait partie d’un groupe de petits voyous, mené par Edward, un adolescent inquiétant, manipulateur et pervers. Mais, à l’arrivée de Daffodil, une jeune fille atypique  – qui devient très vite la risée de tout le collège à cause de sa chevelure clairsemée. En effet, Daffodil a cette triste habitude de s’arracher les cheveux par poignées lorsqu’elle est nerveuse… -, la vie de Lachlan va changer. Il est captivé par Daffodil, aimanté par ses yeux mauves. Et, un jour, pour la défendre des persécutions incessantes d’Edward, Lachlan va violemment s’opposer à son meilleur ami, provoquant ainsi la haine et le courroux du tyran, qui n’aura de cesse de tourmenter le garçon et sa « protégée ». C’est cependant un événement en particulier qui va bouleverser la vie de tous ces personnages et celles de leur famille ; par une chaude journée passée au bord du lac Okanagan, Lachlan et Daffodil vont voir le monstre de légende hantant les eaux froides et profondes du lac, le N’ha-a-itk, aussi appelé par les blancs l’Ogopogo. En découleront alors des événements en cascade, menant à une fin inattendue, en apothéose !…

Avec une écriture fluide, délicate et parfois drôle, Jean-François Chabas nous offre un roman difficilement identifiable (fantastique, social, adolescent,…?), abordant les thèmes de l’amitié et de l’amour, mais également des relations et des férocités sociales – comme le racisme et l’intolérance, ou encore la violence conjugale -, du besoin de racines et de filiation, de la détresse humaine et des apparences trompeuses. Tout cela avec la fluidité et la noblesse de son écriture…

Un excellent moment de lecture duquel vous sortez un brin déconcerté et songeur ! Parfait !

Les rêves rouges - Jean-François Chabas

Les rêves rouges
Jean-François Chabas
Gallimard, coll. Scripto – Avril 2015
11,90 €

Les rêves rouges

Le tatoueur du ciel – Hubert Ben Kemoun et David Sala

Casterman a eu la bonne idée de ressortir ce conte avec le portrait du personnage central en couverture.

Il était une fois… un jeune fils de sultan, orgueilleux et enivré par sa puissance, qui souhaitait que le ciel lui obéisse.
Un jour de s’était pas même écoulé que, par la menace et la destruction, il obtenait ce qu’il désirait ; chasser les nuages, éliminer les oiseaux, tatouer le ciel d’un immense arc-en-ciel. Son bonheur n’avait d’égal que la tristesse de son premier ministre, forcé d’obéir aux ordres pour ne pas perdre la vie, et la dévastation du royaume où nul n’avait plus de toit et de vêtements à cause des exigences de l’enfant-roi.
Alors que l’enfant s’extasiait devant son œuvre de désolation, le père, sultan et souverain, rentra. Il vit ce qu’avait fait son fils, et il su lire dans ses yeux la fierté qu’il en retirait. Alors, sans s’énerver, le père dit au fils que si un jour il souhaitait gouverner, quand bien même le ciel, il devrait avant tout réparer tout ce qui avait été détruit par sa faute. Il devrait être de toutes les reconstructions, de tous les chantiers.
Le royaume fut reconstruit, plus beau encore qu’il ne l’avait jamais été. Mais cela prit beaucoup, beaucoup de temps. Des années, des dizaines d’années. Le petit sultan était devenu un vieillard, et pourtant, il n’avait toujours pas fini de découdre les tissus de son arc-en-ciel, tatouage du ciel. Mais, souriant et comme apaisé, il semblait avoir compris une grande leçon de vie : détruire est une chose aisée et rapide, mais réparer et reconstruire demande bien plus de temps et d’investissement.

Ce conte à la trame traditionnelle, dans le sens où le lecteur y reconnaît une cruauté intrinsèque à ce genre littéraire mettant en exergue la morale finale, est d’une grande précision. La justesse de ton et la finesse de l’illustration (respectivement d’Hubert Ben Kemoun et David Sala), sans palabres ni fioritures, servent d’autant mieux à un sentiment de justice une fois le conte terminé.
Excellent album pour amener le jeune lecteur ou l’auditeur à une réflexion sur les caprices et les conséquences de ses actes.

Le tatoueur du ciel
Hubert Ben Kemoun et David Sala
Casterman – Janvier 2015
13,95 €

Capture d’écran 2015-03-03 à 22.18.31

DIDGERIDOO – FRÉDÉRIC MARAIS

Frédéric Marais, avec la jeune maison d’édition Les Fourmis rouges, nous propose un voyage extraordinaire dans la culture aborigène. Son album, Didgeridoo, nous raconte comment un homme, à l’aide d’un bâton, a éloigné le ciel de la terre, permettant ainsi à tous les autres de se redresser, et au monde de devenir monde.
Frédéric Marais nous présente un mythe fondateur de la culture aborigène avec un texte simple mais percutant et une illustration mystérieuse et envoûtante, jouant sur le contraste saisissant entre le bleu de la nuit, et l’ocre de la terre.
Un travail abouti et un véritable engagement éditorial… À découvrir d’urgence !

Les fourmis rouges
Frédéric Marais
Les Fourmis Rouges – Septembre 2014
16,50 €

Capture d’écran 2014-11-26 à 13.43.27

Le pain perdu du petit poucet et autres contes de fées

Voici un ouvrage très gourmand à partager en famille avec des recettes inspirées de 14 contes : Les bonbons faits maison de Hansel et Gretel, les galettes pur beurre du Petit chaperon rouge, le pain perdu du Petit Poucet, le gâteau au yaourt mielleux moelleux de bébé ours, le cake d’amour de Peau d’âne ou encore le soufflé du grand méchant loup ! Il y a 2 à 3 recettes par conte.

Les recettes de Seymourina Cruse sont faciles à réaliser. Les illustrations de Marie Caudry sont généreuses. Bon appétit !

Le pain perdu du Petit Poucet et autres recettes de contes de fées
Seymourina Cruse Ware et Marie Caudry
Editions Thierry Magnier – Octobre 2014
21,20 €

Capture d’écran 2014-11-16 à 21.15.18