Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

Le virus PIK3 a décimé la population, et les animaux – porteurs sains du virus – contribuaient à la large propagation de la maladie. Le gouvernement a donc pris une décision radicale : éliminer TOUS les animaux. Cet holocauste a enrayé l’épidémie, mais, malgré tout, les animaux restent de dangereux indésirables. Ainsi, quiconque rencontrant un animal doit le tuer ou prévenir l’Agence sanitaire, et celui ou celle ne collaborant pas au bon fonctionnement de la protection de la population en ne dénonçant pas la présence d’un animal ou en cachant un sera considéré comme un terroriste potentiel et devra répondre de ses actes devant la justice.

Milo, Linka et sa sœur Oska sont, comme des milliers d’autres enfants, des victimes collatérales de l’épidémie PIK3. Leurs parents et famille proche étant décédés, ils ont été placés dans un orphelinat, où toute leur vie est strictement réglementée, même pendant leurs « heures de permission ». Mais Linka n’est pas du genre à accepter que l’on contrôle sa vie et qu’on lui impose des règles arbitraires et stupides (c’est d’ailleurs ce qui lui vaudra les pires tours de la directrice de la 16e maison, Mme Loubia, et sa mutation dans la maison zéro, où le professeur Singre « reconditionne » les enfants pour en faire de dociles agneaux…) ! Lors de l’une de ses permissions, Linka entre dans un zoo désaffecté, interdit au public. Être prise sur ce chantier pourrait déjà lui coûter très cher, mais ce qu’elle va y trouver et emporter avec elle changera radicalement son destin…

Entre la science fiction et le roman écolo-philosophique, Nous, les enfants sauvages d’Alice de Poncheville est un véritable petit bijou littéraire. Un vrai style ; un traitement original d’une thématique pourtant, elle, récurrente ; des personnages qui n’agissent pas toujours comme on pourrait s’y attendre ; des sujets politiques, sociaux, moraux, philosophiques et écologiques finement abordés ; et enfin, une volonté de faire de la Vie et de l’espoir des causes pour lesquelles il faut savoir se mobiliser et faire entendre sa voix. Peut-on demander davantage ?

Bravo, et un grand merci à l’auteure pour cette piqûre de rappel : nous sommes bien maîtres de nos choix et de nos vies, alors avançons pour rester dignes de la Terre.

Nous les enfants sauvages - Poncheville

Nous, les enfants sauvages
Alice de Poncheville
Ecole des loisirs – Septembre 2015
19,50 €

Nous les enfants sauvages

Mon heure viendra – Nina Vogt-Ostli

Mon heure viendra, c’est ce dont est persuadé Hans Petter, collégien de 15 ans en classe de 3°. Il est harcelé par une bande de sa classe dont le chef est Andréas, un costaud pas très malin mais qu’il craint énormément et cela depuis l’âge de cinq ans. Bouc-émissaire de tout le collège, invisible aux yeux des autres, il ne sait que faire pour se défendre et gérer cette faiblesse de caractère.

Il est un jour contacté par une adolescente de son âge – Féra – qui lui dit vivre dans le futur. Ils vont tchater, correspondre par mail et devenir amis.

Féra vit donc dans le futur, dans une société aseptisée, réglementée, où tout est prévu pour chaque individu depuis sa naissance. Aucune place n’est laissée à l’imagination ou à l’individualisation d’un désir quelconque, tout dans son monde est prédéterminé pour le bien de tous.

Elle dit étudier le passé à travers Hans Petter afin de prémunir son monde d’une seconde catastrophe. Entre eux va commencer un dialogue sur la liberté de l’individu, le déterminisme – ou non – de la vie et la possibilité de s’accomplir et d’agir sur son avenir.

Les deux thèmes développés par ce roman sont percutants pour les adolescents. D’une part le harcèlement au collège qui pourrit le quotidien d’un individu, son incapacité à réagir et à savoir comment s’en sortir. D’autre part le libre arbitre de chacun. Peut-on par sa propre volonté agir sur sa vie, parfois en allant contre ses pulsions même si cela implique de renoncer à la facilité. C’est cette réflexion, profonde et bien argumentée, qui, petit à petit va s’imposer à Hans Petter, le héros de ce roman bien écrit (ou traduit ) sans condescendance ni mièvrerie.

L’histoire, bien ancrée dans le quotidien de l’adolescence, tient le lecteur en haleine grâce à ses personnages forts et crédibles.

Mon heure viendra - Nina Vogt-Ostli

Mon heure viendra
Nina Vogt-Ostli traduit du norvégien par Aude Pasquier
Actes Sud Junior – Avril 2015
13,50 €

Mon heure viendra

 

Une rencontre captivante avec Johan Héliot et Yves Grevet

Samedi 13 juin, nous avons eu la chance – ou plutôt l’honneur ! – de recevoir Yves Grevet et Johan Héliot à la librairie. Nous les remercions encore pour leur présence, ainsi que pour leur investissement et leur disponibilité auprès de leurs lecteurs.

Rencontre Johan Héliot et Yves Grevet Les festivités ont été ouvertes par Yves Grevet, qui nous a fait le plaisir de nous parler de son travail d’écriture via ses romans Méto et Nox. Ainsi, nous avons appris que certaines scènes naissent dans son imagination bien avant que le roman ne commence à voir le jour ; la scène du dortoir dans les premières pages de Méto (tome 1) par exemple, vient d’une idée que l’auteur a eu une dizaine d’années plus tôt ! Le temps de maturation peut donc parfois être très long pour Yves Grevet avant qu’il ne mette en place la structure d’une histoire et d’un texte.

L’auteur nous a également confié qu’il lui arrivait de penser à une idée de roman pendant la rédaction d’un autre : c’est en rendant Méto aveugle un certain temps dans le deuxième tome de la trilogie que l’idée de Nox lui est venue. Cela est né de l’envie de faire vivre ses héros dans le noir complet. D’autre part, la rédaction de Nox répondait au souhait de donner la parole à plusieurs personnages, et notamment aux « ennemis » du/des héros, aux « méchants ». Yves Grevet avait envie de voir ses personnages se complexifier, mais aussi de montrer que les choses ne sont pas toujours manichéennes ; que la cruauté n’est pas innée, et que la psychologie et le vécu peuvent parfois expliquer le comportement de certains.

Yves Grevet nous a également fait le plaisir de nous parler du projet U4 ; événement littéraire qui représentera un temps fort de la rentrée.
Le projet U4, c’est la rencontre de quatre auteurs – Carole Trébor, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Yves Grevet – et de deux éditeurs – Syros et Nathan –, qui décident de travailler ensemble pour servir une grande aventure littéraire, qui coupera le souffle à plus d’un lecteur, soyez-en sûrs ! Ce projet représente plus de deux ans de travail et des heures de relecture et de réajustement autour de règles et d’un scénario communs aux quatre auteurs. Ainsi, vous pourrez découvrir, dès le 27 août, quatre romans autonomes mettant en scène quatre adolescents (deux filles et deux garçons) d’horizons très différents qui doivent affronter une horrible situation : un virus a éradiqué 90 % de la population, seuls les adolescents ont été épargnés. Et dans ce monde-fantôme, ils cherchent, chacun à leur manière, à sauver leur peau et, peut-être bien, le monde… Les personnages se croisent et s’influencent, mais chaque tome pourra être lu indépendamment. Un sacré projet à ne pas rater !

Johan Héliot est alors entré sur scène, et s’est prêté au jeu de répondre à toutes nos questions. Nous avons alors pu entrer dans le vif du sujet de cette rencontre ; la dystopie et ses différents traitements dans la littérature pour la jeunesse.
Dans un premier temps, nous leur avons demandé de définir le terme de dystopie, puis celui d’anticipation. Johan Héliot a alors eu cette formule : « la dystopie, c’est un monde de cauchemars, dans lequel il faut se battre pour survivre et se libérer ». Yves Grevet a rajouté à cela que la dystopie, c’est une utopie qui, comme toujours et comme nous l’a appris l’Histoire, finit mal. Quant à l’anticipation, l’un et l’autre étaient d’accord pour dire qu’elle débute toujours dans la tête de l’auteur par une problématique sociale ou technologique actuelle qui est pensée, poussée à son paroxysme. C’est l’envie de soulever une question sans véritable réponse possible ; jusqu’où l’Homme ira-t-il ? De quoi est-il capable et qui ou quoi pourrait l’arrêter ?…
Suite à ces définitions, nous avons interrogé les auteurs sur le fait que ce genre littéraire est récurrent dans la littérature adolescente. Selon eux, cela répond à un besoin d’une opposition forte, ressentie par un certain lectorat, contre l’ordre imposé qui semble parfois injuste et arbitraire. Chaque génération se construisant sur la précédente, il y a toujours un moment où la nouvelle doit dépasser l’ancienne et remettre en question son autorité.
L’adolescence, c’est une période de rupture avec les parents et l’acquisition d’autonomie, c’est un âge de questionnement sur la détermination de chacun et la notion d’héritage. Voilà pourquoi, selon Yves Grevet et Johan Héliot, ce genre littéraire plaît beaucoup au jeune lectorat : il met en scène des personnages critiques et auto-déterminés, qui décident de refuser l’oppression des générations passées et obéissent, ainsi, aux mêmes besoins – symboliques – qu’eux.

Suite à ce débat, Yves Grevet a dû nous laisser, et nous avons ainsi pu faire plus ample connaissance avec l’univers singulier de Johan Héliot. Ce dernier, spécialiste de SF, nous a confié certaines de ses récurrences, de ses influences et de ses questionnements.
Chez Johan Héliot, l’élément technologique est primordial dans ses œuvres de SF et de dystopie. Même s’il se défend d’être un « geek », et se définit lui-même comme « un dinosaure de la technologie », il aime cependant observer les évolutions techniques de notre société et voir leurs impacts sur nos vies et celles, hypothétiquement, des générations à venir. Ainsi, il a expliqué que l’idée initiale de CIEL lui est venue à la lecture d’un article d’un magazine de vulgarisation scientifique, où l’on interrogeait différents chercheurs sur l’une des causes probables, selon eux, de la fin du monde. Le spécialiste de la technologie a avancé l’idée de la supériorité des machines sur l’esprit humain d’ici les années 2030, ce qui pourrait aboutir, à plus ou moins long terme, à l’extinction de l’humanité. Johan Héliot a donc fait de cette idée le point d’encrage de sa dernière quadrilogie.

Bien évidemment, les influences de l’auteur ne sont pas uniquement scientifiques, elles sont également littéraires. Ainsi, il nous a parlé de l’impact de Daniel Keyes et de son roman Des Fleurs pour Algernon sur l’écriture des Substituts. Johan Héliot s’est inspiré de la trame de ce roman pour créer son propre univers.

Dans le roman de Keyes, des chercheurs injectent un produit dans le sang du personnage principal pour le rendre plus intelligent, et le développement littéraire se fait au diapason avec le développement de sa pensée. Si Johan Héliot a gardé ce dernier effet stylistique, il a inversé la donne en greffant à ses personnages des puces qui ne les rendent pas plus intelligents, au contraire, puisqu’elles bloquent leurs capacités d’apprentissage ou leur donnent un savoir très spécifique et limité. Nous noterons également que l’utilisation de puces pour maintenir une partie de la société dans l’obscurantisme et la contrôler est une récurrence chez l’auteur. En effet, nous pouvons retrouver ce ressort littéraire dans son roman Ados sous contrôle.
Johan Héliot nous a également fait part de son engouement pour le cinéma, qui a, lui aussi, grandement influencé certains de ses écrits. En exemple précis, l’auteur nous a parlé du fait que « la horde » dans Les Substituts est un clin d’œil direct et non-dissimulé à Mad Max, ce film hors du commun de science-fiction post-apocalyptique des années 1970. Cela étant, et de manière plus générale, Johan Héliot nous a confié qu’il développe ses romans de façon très cinématographique ; ce sont des images, comme autant de travellings, qu’il imagine, puis retranscrit dans un deuxième temps.
Toutes ces informations palpitantes nous ont été données avec beaucoup d’enthousiasme, au cours d’une table ronde, d’un véritable échange entre nos lecteurs passionnés et Johan Héliot.

La librairie tient également remercier ses lecteurs si curieux et enthousiastes, – en plus de Johan Héliot et Yves Grevet qui, nous le répétons, ont été tout bonnement géniaux et ont participé, par leur simplicité et bienveillance, à l’émulsion de cette journée extraordinaire – et ont animé le débat de leurs questions toujours pertinentes !
Ces quelques lignes sont le résumé d’une superbe après-midi passée en compagnie de deux grands auteurs ; une rencontre au sommet de l’anticipation et de la dystopie dans la littérature de jeunesse. Tout simplement idéal ! Merci encore à tous et toutes.

Méto enfin en poche

La sortie du tome 1 de Méto en poche nous permet de remettre en avant cette haletante, étrange et captivante trilogie d’Yves Grevet.

64 enfants vivent en autarcie complète dans une grande maison. Chaque jour, les Césars qui les surveillent leur donnent une piqûre pour qu’ils ne grandissent pas. Divisés en couleurs selon leur taille, ils ont une vie extrêmement disciplinée et sévère. Quand ils deviennent trop grands, ils disparaissent… Méto veut comprendre ce qu’il y a après la maison : avec quelques autres enfants, il fomente une rébellion.

Dans ce roman d’anticipation, Yves Grevet décrit un univers carcéral où chaque acte est réglé avec une discipline très précise. La manipulation fait résonner de grands drames de l’Histoire et des effets sur la psychologie des enfants. Le lecteur peut toucher l’horreur du doigt. Impossible de lâcher ce livre surtout qu’à la fin du tome 1 le mystère reste entier…

Méto T1 La maison
Yves Grevet
Pocket jeunesse – avril 2013
6,10 €

Pour les gros lecteurs, il ne faut pas se priver ! Précipitez-vous, tant qu’il y en a encore, sur l’Intégrale de la trilogie en collector sortie fin 2012 avec portfolio et tout et tout… Superbe !

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