Cendrillon ou la Belle au soulier d’or

Un bijou écrit magistralement par Jean-Jacques Fdida et illustré brillamment par Delphine Jacquot.

« Quand Cendrillon allait au pré, la mauvaise lui donnait juste un doigt de bouillon froid, trois grains d’orge, un croustillon de pain, et la maudissait : – Tiens, étrangle-toi avec ! » Cendrillon, la pauvre, récoltait les pires corvées : elle devait se lever de nuit, ranimer les tisons, apprêter la maison, frotter, astiquer. Mais un jour, ce fut trop ; fatiguée, affamée, elle s’en est allée pleurer sur la tombe de sa mère. Une voix est alors montée de dessous la sépulture…

Cendrillon ou le soulier d’or
Jean-Jacques Fdida et Delphine Jacquot
Didier jeunesse – Septembre 2013
14,20 €

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Il faut découvrir tout le fabuleux travail de Fdida à travers la collection des contes d’avant Perrault.

Le petit chaperon rouge ou La petite fille aux habits de fer blanc

La barbe bleue ou Conte de l’oiseau d’Ourdi

La Belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillée

Deux qui s’aiment – Wolf Erlbruch

Un tendre et très touchant recueil de poèmes sur l’amour à offrir de tout son cœur.

Jürg Schubiger, qui a décidément plus d’une corde à son arc, décoche les flèches de Cupidon. Il nous raconte, par exemple, que deux êtres amoureux ne savaient pas comment s’y prendre pour s’embrasser. Ils en restaient donc aux salutations polies, jusqu’au jour où leur bouche se trouvèrent. Si simple, ils ne l’auraient pas imaginé !

Une vingtaine de poèmes sur le thème de l’amour illustrés par Wolf Erlbruch qui a choisi des animaux amoureux dont les paires sont parfois improbables : hibou et écureuil, escargot et souris, chien et chèvre, et même chat et chien se lancent dans l’aventure amoureuse ! Seuls lapins, canards et ours restent entre eux. Ressemblance ou dissemblance, quelle garantie de réussite ?

Deux qui s’aiment
Jürg Schubiger et Wolf Erlbruch
La Joie de lire – Octobre 2013
12 €

l'amour

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L’ombre de chacun – Mélanie Rutten

C’est l’histoire… d’un Cerf inquiet, d’un petit Lapin qui veut grandir, d’un Soldat en guerre, d’un Chat qui fait toujours le même rêve, d’un Livre qui veut tout savoir et d’une Ombre. Mais c’est avant tout l’histoire de l’enfance, des enfances.

Il est des livres avec lesquels on grandit, l’Ombre de chacun est de ceux-là. Avec des mots toujours très justes, Mélanie Rutten sait parler de la grande question qui accompagne l’enfance : grandir. Les sentiments, la peur, l’amour, l’amitié, sont traités avec élégance et profondeur. Les rencontres sont magistralement orchestrées dans un univers céleste et chaque personnalité est dépeinte subtilement. Le lecteur sentira résonner son propre vécu. Il sortira de la lecture bouleversé avec la seule envie de relire ce livre brillant en suivant.

Mélanie Rutten signe un chef d’œuvre de littérature de jeunesse, elle excelle dans son art où rares sont les auteurs capables d’atteindre un tel niveau tant à l’écriture qu’à l’illustration. Un bijou.

L’ombre de chacun
Mélanie Rutten
MeMo – septembre 2013
17 €

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Un jour, j’irai chercher mon prince charmant en skate

Dans la série récit de vie d’ado mal dans sa peau, voici un bon titre de rentrée ! L’écriture enlevé de Jo Witek nous fait avancer avec Fred, jeune fille au jean large et skate à la main.

Pas facile de jouer les indifférentes quand on a très envie d’embrasser un garçon… Résister, c’est pourtant le défi que s’est lancé Fred. Elle sera une “célibre” : une célibataire libre de l’être et elle ne sortira avec aucun garçon avant le lycée ! Hors de question de se pomponner et de prendre un air mystérieux en attendant de séduire le prince charmant. Fred préfère oublier les contes de fées et autres sornettes pour enflammer le bitume sur son skate.
L’été de ses 14 ans, toute sa famille se réunit auprès de son grand-père malade. C’est la première fois depuis des années que la fratrie est au complet et c’est l’occasion pour Fred de rencontrer Diane, sa plus jeune tante et marraine, qui vit à l’étranger. Vilain petit canard aux yeux de ses frères et soeurs, Diane révèle à Fred le lourd secret qui pèse sur sa naissance : elle est une enfant illégitime, fruit d’une liaison de son grand-père avec une employée de maison.
Entre Fred et Diane la rebelle, la complicité est immédiate et elles vont s’unir pour affronter leurs propres peurs. Diane va aider sa protégée à grandir et la convaincre de s’ouvrir aux autres…

Un jour j’irai chercher mon prince charmant en skate
Jo Witek
Actes Sud Junior – août 2013
11 €

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Double Jeu

Quentin Silber commence une année dans un lycée huppé du centre-ville après avoir été renvoyé de son lycée de banlieue. Il se sent seul dans un milieu où les barrières sociales sont solidement ancrées depuis des générations, mais s’est juré de se tenir à carreau. Un jour, l’effronterie le prend en tenant tête à sa prof de français, « la » Fernandez, coup d’éclat qui aurait pu tourner à la catastrophe. Mais c’est finalement Mme Fernandez qui va guider Quentin en lui proposant le rôle de Tom dans la pièce de Tennessee Williams, La ménagerie de verre. Cette pièce va entrer en résonance avec ce que vit Quentin, et balayer ses réticences. Il va progressivement remettre en cause ses propres préjugés et se familiarise peu à peu avec les codes de ce nouveau milieu… Il se rapproche de ses partenaires de jeu, d’Heathcliff, jeune dandy solitaire, et de Julie, dont le charme ne le laisse pas longtemps indifférent. Mais, de plus en plus absent pour ses proches, Quentin se sent tiraillé entre deux mondes. Ce malaise latent fait écho à la pièce de Tennessee Williams et, entre la vie et les répétitions du spectacle, l’acteur et son personnage, les frontières tendent à s’abolir…

Blondel nous offre encore un très beau roman où l’épanouissement personnel passe par la culture, cette fois-ci il s’agit du théâtre. L’introspection d’un ado avance sans mélodrame. Un délice de lecture à lire d’une traite.

Double jeu
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, coll. Roman ado – août 2013
11 €

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Nos étoiles contraires

Un superbe roman entre rires et larmes à lire absolument et sans relâche. Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Dixit Claire : « Certains infinis sont plus vastes que d’autres »
« Nos étoiles contraires » n’est pas seulement l’histoire de la maladie d’Hazel et Augustus, c’est Hazel et Augustus. Pas seulement l’histoire d’un amour, c’est une déclaration d’amour. Pas seulement l’amour d’une fille pour un garçon, mais aussi celui des parents pour leurs enfants et des enfants pour leurs familles, des soignants pour leurs patients et des patients pour leurs amis, des lecteurs pour leurs romans et des auteurs pour leurs personnages. Pas l’histoire d’un amour infini, mais d’infinies histoires d’amour. Ce n’est pas seulement leur histoire d’amour, leur combat contre la maladie, c’est l’histoire de tous les amours, c’est l’histoire de tous les combats, c’est l’histoire de tous les combats d’amour. J’avais l’impression de lire ma propre histoire et pourtant je n’ai plus 16 ans, ni 17 (l’âge d’Hazel et Augustus), et pourtant je ne suis pas malade : mais les mots qui racontent leur rencontre, leurs questions, leurs colères, leurs peurs, leurs joies, sont les mots que j’aurais aimé écrire (si je savais le faire) sur mon histoire. Ce sont des mots qui dépassent l’âge, qui racontent l’humaine aventure de la rencontre amoureuse, qui racontent non pas une mièvrerie d’amour infini prédestiné et tout et tout, mais un combat permanent pour « être » avec l’autre pas « avoir quelqu’un » ; pour le « choisir » pas le « subir » ; pour « vivre avec » et pas « à la place de » ; et aussi pour « vivre après » et pas « vivre sans ».
Et comme le dit Hazel, il y a plein de nombres infinis entre 0 et 1, il y a donc plein d’infinis entre 0 et 1 : à chacun d’apprendre à les voir, les vivre et les savourer.

Nos étoiles contraires

Nos étoiles contraires
John Green
Nathan – Février 2013
16,50 €

Quand l’amour court

Paola croyait que les histoires d’amour duraient toute une vie. Maintenant, elle sait qu’il y en a des longues et des courtes. Celle de ses parents a été courte et elle est née dedans ! Alors Paola doit vérifier son sac le dimanche soir, elle n’aime pas voir ce sac avec qui elle part une fois chez Papa, une fois chez Maman. Puis chacun des parents refait sa vie, Paola en a mal au cœur, elle voudrait tant qu’ils reviennent ensemble…
Le lecteur est ici transporté dans un beau conte philosophique sur l’amour, l’amour court. Pour tous ceux qui s’aiment, qui ne s’aiment plus et ceux qui regardent tout ça. Les acceptations sont difficiles, elles sont complexes. Les phrases sont lourdes d’émotions, lorsque Maman murmure : « Quand tu n’es pas là, je continue de t’aimer, Paola » ou quand Papa raconte ses rêves d’une grande famille avec la Maman de Paola dont il est séparé.
La plume de Thierry Lenain porte le lecteur à travers l’amour, la séparation et la tristesse sur un ton en rien pleurnichard. Le trait de Barroux souligne, en contraste de verts et oranges, la sensibilité des mots.

Une très belle réflexion sur l’amour à partager entre petits et grands, petits et petits, grands et grands…

Quand l’amour court
Thierry Lenain et Barroux
Editions Les 400 coups – Septembre 2012
11,90 €