Le sel de nos larmes – Ruta Sepetys

Janvier 1945, sur la route de la Prusse orientale prise, quatre destinées. Des millions de réfugiés Polonais, Lituaniens, Tchécoslovaques sont pris en étau et tentent de rallier à pied les côtes de la mer Baltique pour fuir sur le premier bateau en partance. L’Allemagne nazie considère tous ces ressortissants comme des sous-hommes. De l’autre côté, l’armée rouge pille leurs terres, viole et tue avec une atrocité qui dépasse le sens commun.

Le destin a réuni Emilia, Florian, Joanna et Alfred. Emilia est e de quinze qui a fui le massacre de son village en emportant un lourd secret. Florian, restaurateur d’œuvres d’art allemand fuyant les nazis, est un déserteur au milieu des réfugiés d’Europe de l’Est. Joanna, infirmière lituanienne, a laissé derrière elle sa famille avec une autorisation d’être rapatriée en Allemagne. Alfred est un matelot nazi du Wilhelm Gustloff, paquebot allemand faisant partie de l’opération Hannibal qui doit évacuer des réfugiés. Quatre personnalités qui traversent des étendues glaciales pour sauver leur peau face à l’horreur.

Ruta Sepetys retrace un bout d’Histoire méconnue à travers le prisme de ces différents regards et cultures. Avec des chapitres très courts, elle brosse des portraits à vif, bouleversants de vérité. Après une longue et lente marche dans des paysages de glace, les faits s’accélèrent au rythme de l’Histoire. Un vibrant hommage à des milliers de victimes oubliées.

Un très beau roman que l’on ne peut pas lâcher.

Le sel de nos larmes - Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes
Ruta Sepetys
Gallimard jeunesse – Juin 2016
16,50 €
9782070580712

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L’Arbre et le Fruit, Jean-François Chabas.

Jewel a huit ans.

Où est maman ? Papa dit qu’elle ne reviendra jamais, qu’elle est morte. Jewel ne veut pas le croire, il dit ça à chaque fois. Comment elle aurait pu les laisser, elle et sa sœur, avec papa…

Grace, la mère de Jewel et Esther, est hospitalisée en soins psychiatriques. Les violences physiques et sexuelles de son mari ont eu raison d’elle. Elle n’est plus qu’une coquille vide, et n’a même plus la volonté de sauver ses filles de ce monstre de haine et de violence qu’est leur père…

Jewel va devoir protéger sa sœur. Elle va devoir trouver la force, toute seule et dès ses huit ans, de résister et de se battre pour que la violence du père ne les tue pas et n’entrave jamais la joie de vivre d’Esther.

On dit que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Jewel a beau être le fruit de son père et de sa mère, elle est leur complet opposé. Elle est le courage que sa mère n’a pas, et la bonté et l’amour que son père ne sait pas éprouver.

Ce roman à deux voix (celle de Jewel et celle de Grace) est poignant ; une véritable claque… C’est une ode à la force, à l’amour et à la volonté. Un signal d’alarme quant aux apparences et à la violence conjugale. Une demande d’humilité au lecteur, car il est plus facile de juger que d’essayer de comprendre.

Un roman qui ne vous laissera pas indifférent, qui peut déranger, qui doit révolter… et c’est tant mieux !

L'arbre et le fruit - Jean-François Chabas

L’arbre et le fruit
Jean-François Chabas
Gallimard, coll. Scripto – Février 2016
7,90 €
9782070573288

 

Critique du club lecteurs : La Rivière à l’envers, Jean-Claude Mourlevat.

Le mois d’avril a vu arriver une nouvelle lectrice, la jeune Ambre, dans notre club ; bienvenue à elle ! Je vous invite à la découvrir via sa critique de La Rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat.

« La Rivière à l’envers est un conte initiatique en deux tomes, où l’on observe l’évolution de Tomek (tome 1) et d’Hannah (tome 2). Tout au long de l’histoire, les deux héros vont apprendre à se connaître -mutuellement et individuellement- pour ressortir grandis de leur(s) aventure(s). Ce conte nous plonge dans le merveilleux, sans aucun repère spatio-temporel.

Dans le premier tome de La Rivière à l’envers, nous suivons donc Tomek. Ce jeune garçon est épicier. Il mène une vie paisible, mais, peu à peu, l’ennui le gagne. Un soir, une jeune fille d’une beauté incomparable vient dans sa boutique et lui parle d’une rivière qui coule à l’envers ; la rivière Qjar, celle qui rend immortel quiconque la boit. Après son départ, le garçon ne cesse de penser à celle qu’il appellera « la fille au sucre d’orge ». Il décide de partir à sa recherche, et donc à la recherche de la rivière, puisque telle était sa destination. Il va faire de nombreuses rencontres -les parfumeurs, Marie, l’île inexistante,..- et devra faire de nombreux choix, mais atteindra-t-il son but ?…

Ce livre est réellement très beau. J’ai aimé la façon qu’a l’auteur de nous transmettre les émotions de ses personnages. J’étais plongée dans l’histoire… Au fil des pages, on apprend peu à peu à connaître le héros, à comprendre son ressenti, et à partager sa vision du monde. »

Je rajouterai aux propos d’Ambre que la plume de Jean-Claude Mourlevat est un délice. A la fois fragile et poétique, elle a sur vous l’effet d’une langue magique ; elle sait rendre la lumière plus étincelante et la vie plus intense. Un chef-d’œuvre de la littérature, tous genres et âges confondus, et une poésie de la simplicité et de la douceur qui n’est pas sans rappeler celle de Christian Bobin*.

*auteur, poète et diariste français tout bonnement merveilleux, dont les écrits les plus fameux sont La Petite Robe de fête, Le Très Bas, ou encore La plus que vive.

La rivière à l'envers - Mourlevat

La rivière à l’envers. Tome T1
Jean-Claude Mourlevat
Pocket jeunesse – octobre 2009 (pour la dernière édition)
5,95 €

 

Robin des graffs – Muriel Zürcher

Sam est un jeune homme généreux. Il chante dans la chorale des Copains d’abord au cimetière du Père Lachaise pour les SDF qui ne seront pas pleurés. Il joue aux échecs contre une vieille dame pour gagner sa vie et son logement. Mais le seul projet plein de sens pour lui est celui de graffer dans Paris tous les animaux de l’Arche de Noé issus d’un livre essentiel de son enfance. Le hasard met sur sa route une petite fille de cinq ans, ayant fugué de son foyer, qui s’accroche à lui en le désignant tout de suite comme sa seule famille. Des enquêtes vont s’entremêler, mais les recherches mettent la police sur les dents : désaccord sur la priorité entre retrouver qui est Robin des graffs ou chercher l’enfant disparue.

Sur un rythme très enlevé aux chapitres très courts, le lecteur ne peut pas lâcher Robin des graffs. (allez, encore un p’tit chapitre !) On savoure l’intrigue pleine de sensibilité, de rebondissements, d’humanité et d’humour. Les nombreux personnages aux identités fortes sont particulièrement attachants : les héros Sam et Lilibelle bien sûr, mais aussi Nora la capitaine de police partagée entre ses émotions et son devoir, Mme Decastel acariâtre et subtile vieille dame, Hector Laval l’avocat de la cause des faibles… Sam ne veut pas s’attacher à cette petite fille car il a un cœur blessé, mais elle lui renvoie toute son enfance et ce qu’il est, il n’arrive pas à la ramener dans son foyer. Tous les questionnements entre ce que chacun doit faire et ce qu’il veut faire sont très forts ; on les retrouve pour presque tous les protagonistes du roman. Aussi, le dilemme subi par la capitaine de police résonne avec l’actualité : faut-il mener l’enquête sur Robin des Graffs que tous les médias relaient comme lui ordonne son commissaire ou bien retrouver la petite fille qui court un danger ? L’analyse du 4ème pouvoir que sont les médias est très fine. Réflexions très actuelles.

Un gros coup de cœur pour ce roman, donc ! Malgré une fin tellement « happy end » (pour briguer Hollywood ça, non ?!).

Robin des graffs - Muriel Zürcher

Robin des graffs
Muriel Zürcher
Ed. Thierry Magnier – février 2016
14,50 €

Robin des graffs

Je suis qui je suis – Catherine Grive

Raph’ ne part pas en vacances cet été ; sa mère est enceinte et ses parents ont décidé de faire des économies pour l’arrivée du bébé… Il va donc falloir rester à Paris ! Et pour couronner le tout, les parents de Raph’ lui demandent de ranger sa chambre ! La plaie !…

C’est sur ces entrefaites – pouvant sembler légers – que commence le roman de Catherine Grive (publié au Rouergue). Mais l’ennui de Raph’ et son désintérêt pour tout ce qui l’entoure cache plus qu’une simple morosité liée aux circonstances. Il ait des chagrins que l’on ne parvient pas à expliquer ; des envies d’ailleurs que l’on comble comme on peut, quitte à être dans l’illégalité sans même le réaliser ; des besoins d’un autre genre, mais de quel genre au juste ?…

Un questionnement sur l’identité genrée et les regards – des Autres et de soi – sur ce que nous « devrions être ». Et si nous étions tout simplement nous ? Un roman pudique qui met en évidence un questionnement prégnant à l’adolescence. Super, et merci à l’auteure et au Rouergue !

« Je suis qui je suis et je serai qui je veux. »

Je suis qui je suis - Catherine Grive

Je suis qui je suis
Catherine Grive
Rouergue – Mars 2016
9,20 €

http://www.lerouergue.com/catalogue/je-suis-qui-je-suis

Je suis qui je suis

 

Le fils de l’ombre et de l’oiseau

Elie et Elias sont à la Puerta, grand sud du Chili, en 1916 et s’apprêtent à tuer un homme pour la première fois. Cet homme est le célèbre Butch Cassidy. Il dort au bout de leur fusil. Elie a une nuit entière pour raconter pourquoi il veut tuer Butch Cassidy…

Tout commence sur l’île de Pâques en 1801, avec la naissance de Poki, l’arrière-grand-mère d’Elie et Elias, qui depuis toujours préfère les oiseaux à ses semblables. Sa première ambition est même de devenir l’homme-oiseau. La seconde est de retrouver la forêt disparue. Ses deux ambitions entraînent les personnages, notamment son fils Pawel, dans un voyage qui s’étend sur quatre générations de l’île de Pâques à Valparaiso en passant par le fleuve Amazone et Buenos Aires.

Avec une plume toujours magnifique, Alex Cousseau embarque à nouveau son lecteur dans une épopée qui traverse un siècle et un continent. On retrouve l’atmosphère et le périple parcouru par Antoine Anacharsis dans le précédent roman de l’auteur. Entre fable et roman d’aventure, Le fils de l’ombre et de l’oiseau offre une riche traversée de l’Amérique du Sud du 19ème avec ses luttes, comme la révolution bolivienne, et ses grandes découvertes, telle que l’aviation… Chaque décor est planté, les paysages s’offrent de manière explicite au lecteur. Les personnages ont des personnalités très fortes et forcément ambigües. On plonge dans une grande fresque familiale avec de très courts chapitres (que l’on enchaîne du coup sans s’arrêter…). L’écriture dense et documentée d’Alex Cousseau nous fait ici toucher de près au rêve.

Un grand bonheur de lecture qui aurait pu sortir dans une collection adulte du Rouergue.

Merci à Alex Cousseau pour ce moment intense de lecture et au Rouergue de nous le faire partager !

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - Alex Cousseau

Le fils de l’ombre et de l’oiseau
Alex Cousseau
Le Rouergue, coll. Doado – Janvier 2016
14,90 €

Alex Cousseau commence à nous habituer à ses cartes…

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - 1ère carte

Le fils de l'ombre et de l'oiseau

Heu-reux ! Christian Voltz

Le roi Grobull – « taureau-tyran craint et respecté, gros tas de muscles et de fureur » – a décidé de marier son fils unique, le prince Jean-Georges. Mais ce qu’il souhaite par-dessus tout, c’est que son fils soit HEU-REUX ! C’est bien le plus important. Alors, pour ne rien lui imposer, il invite toutes les plus belles génisses du royaume à se présenter devant le prince, afin qu’il élise lui-même celle qu’il souhaite épouser. Débute alors un défilé de jeunes vaches, toutes plus exquises les unes que les autres. Mais Jean-Georges, très embarrassé par la situation, décline poliment toutes les propositions. Grobull ne perd pas espoir, et si son fils préfère les truies ; qu’à cela ne tienne ! Parce que l’important, c’est bien que son fils soit HEU-REUX ! Mais voilà, les truies n’ont pas plus d’attrait aux yeux de Jean-Georges que les vaches !… Et si le jeune prince avait en fait déjà fait son choix, mais n’osait pas le dire à son père le roi ?… Et si, pour être heureux, Jean-Georges ne désirait qu’une chose ; pouvoir vivre au grand jour son idylle avec son ami Hubert le bélier ?…

Ce dernier album de Christian Voltz édité au Rouergue est un véritable délice ! Des personnages hyper-expressifs, (notons que l’on se régale toujours autant avec les défilés de Christian Voltz, comme dans sa version de La Princesse au petit pois. Ici, ce sont les vaches et leurs robes plus belles les unes que les autres qui défilent !), le plaisir toujours renouvelé devant l’ingéniosité et le savoir-faire de l’artiste, un récit truculent et très bien rythmé ; et tout ça au service d’une réflexion sociale pertinente, avec un choix assumé face aux préjugés. Une lecture qui vous rend tout simplement HEU-REUX, et c’est bien le principal, non ?!

Heu-reux ! Christian VoltzHeu-reux !
Christian Voltz
Rouergue – mars 2016
13,50 €

Heu-reux ! Christian Voltz 1 Heu-reux ! Christian Voltz 2 Heu-reux ! Christian Voltz 3

Heu-reux - Voltz