La Belle et le fuseau, Neil Gaiman et Chris Riddell.

L’histoire de deux femmes de légendes devenant maîtresses de leur vie, voilà ce que nous proposent de lire Neil Gaiman et Chris Riddell dans leur ouvrage La Belle et le fuseau. Une réécriture qui dépoussière les contes classiques et balaie les stéréotypes sur les princesses et donc, par extension, sur les femmes où une sorte de Blanche-Neige rencontre une presque Belle au bois dormant.

Une reine, dont les cheveux sont plus noirs que l’ébène, les lèvres aussi rouges que le sang, et la peau, blanche comme neige doit bientôt se marier. L’idée ne la ravit pas ; après avoir dormi d’un sommeil magique pendant un an, voilà qu’elle devrait épouser un homme qu’elle ne connaît quasiment pas… A ses yeux, ce mariage représente la mort de sa propre volonté et de sa vie telle qu’elle aimerait la mener. Mais un événement va venir interrompre sa réflexion. Trois de ses amis nains viennent la prévenir que de l’autre côté des montagnes infranchissables, un mal se répand de plus en plus vite. Un sommeil magique et éternel est en train de toucher tout le monde, et rien n’indique que le maléfice s’arrêtera aux frontières naturelles, épargnant ainsi le royaume de la reine. Une seule solution pour que tout cela prenne fin ; aller réveiller d’un baiser la princesse ensorcelée qui dort depuis quasiment cent ans dans son château, gardée par une armée de ronces. La reine, dans une sorte de fuite en avant, décide de relever le défi. Parviendra-t-elle à sauver son royaume, mais aussi à se sauver elle-même ? A moins que la princesse endormie soit elle-même capable de faire ses propres choix…

Neil Gaiman et Chris Riddell ont cherché à conjurer le sort de toutes ces pauvres Ophélie de contes de fées ; ces bien passives princesses qui, sans leurs princes, ne sont rien ni personne. Une revanche bien sentie qui invite le lecteur à reconsidérer les rôles des princesses (et notamment de Blanche-Neige et de la Belle au bois dormant) dont les contes sont pourtant éponymes. En effet, pourquoi ne sont-elles pas héroïnes et moteurs de leur propre histoire ?… Un album faisant naître une réflexion sur le rôle des femmes dans nos sociétés occidentales, et tout ça, avec le talent que l’on connaît de Gaiman et Riddell… On en redemande !

La belle et le fuseau Neil Gaiman Chris Riddell

La belle et le fuseau
Neil Gaiman et Chris Riddell
Albin Michel – Octobre 2015
19 €

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La belle et le fuseau

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Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… – Isabelle Simler

Ce magnifique album, réalisé par les doigts délicats d’Isabelle Simler et proposé par les éditions Courtes et Longues, est un voyage dans l’intimité et l’infiniment désuet de tous ces êtres de papier qui nous ont guidés ou effrayés au fil de notre enfance. Ainsi, nous découvrons ce que Geppetto, Peau d’Âne ou encore la fée Carabosse et le Capitaine Crochet ont oublié au fond de leurs poches.

Que cela soit pour le plaisir de deviner à qui appartient le petit bazar étalé sous nos yeux, ou pour l’amour d’une poétique du détail et de l’insignifiant, cet album exquis est une perle que tout le monde devrait très vite mettre au fond de sa poche ! Et en s’y mettant à plusieurs, le jeu de devinettes n’en est que plus drôle.

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… - I Simler

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres…
Isabelle Simler
Ed. Courtes et Longues – Août 2015
22 €

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Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… - Isabelle Simler

L’Échassier de l’empereur – Maud Michel et Marie Caudry

Maud Michel et Marie Caudry nous dévoilent ici un très joli conte japonais sur la différence et l’acceptation de soi.

Kogata, un petit garçon de la province de Musashi, se voit obligé par ses parents de porter un masque en bois pour se cacher des villageois qui le considère comme si laid qu’il ne peut être que le fruit d’un démon…

Rejeté de tous et chassé par sa famille, Kogata se retrouve désespérément seul. L’unique rêve auquel s’accrocher : devenir un jour samouraï. Mais le jeune garçon ne restera pas longtemps seul. Deux petits esprits attachants et malicieux vont l’accompagner dans sa quête de reconnaissance et d’acceptation, et dans son cheminement vers une révélation bien plus grande et importante encore que tout ce qu’on a bien voulu lui faire croire jusqu’à présent : la grandeur d’âme, le courage et la bonté sont les seules beautés qui peuvent transcender nos vies.

Un conte initiatique et philosophique qui nous rappelle que nul ne doit être jugé sur ce qu’il n’a pu choisir (comme son corps), mais qu’il doit plutôt être considéré en fonction de ses actes. Personne ne peut être réduit à une simple apparence, et c’est celui ou celle qui s’y entêterait qui devrait alors être considéré comme handicapé.

Le lecteur savourera la plume subtile de Maud Michel et les illustrations raffinées de Marie Caudry.

L'échassier de l'empereur - Maud Michel et Marie Caudry

L’Échassier de l’empereur
Maud Michel et Marie Caudry
Magnard jeunesse – Mai 2015
16,90 €

L'échassier de l'empereur - Maud Michel et Marie Caudry

Le tatoueur du ciel – Hubert Ben Kemoun et David Sala

Casterman a eu la bonne idée de ressortir ce conte avec le portrait du personnage central en couverture.

Il était une fois… un jeune fils de sultan, orgueilleux et enivré par sa puissance, qui souhaitait que le ciel lui obéisse.
Un jour de s’était pas même écoulé que, par la menace et la destruction, il obtenait ce qu’il désirait ; chasser les nuages, éliminer les oiseaux, tatouer le ciel d’un immense arc-en-ciel. Son bonheur n’avait d’égal que la tristesse de son premier ministre, forcé d’obéir aux ordres pour ne pas perdre la vie, et la dévastation du royaume où nul n’avait plus de toit et de vêtements à cause des exigences de l’enfant-roi.
Alors que l’enfant s’extasiait devant son œuvre de désolation, le père, sultan et souverain, rentra. Il vit ce qu’avait fait son fils, et il su lire dans ses yeux la fierté qu’il en retirait. Alors, sans s’énerver, le père dit au fils que si un jour il souhaitait gouverner, quand bien même le ciel, il devrait avant tout réparer tout ce qui avait été détruit par sa faute. Il devrait être de toutes les reconstructions, de tous les chantiers.
Le royaume fut reconstruit, plus beau encore qu’il ne l’avait jamais été. Mais cela prit beaucoup, beaucoup de temps. Des années, des dizaines d’années. Le petit sultan était devenu un vieillard, et pourtant, il n’avait toujours pas fini de découdre les tissus de son arc-en-ciel, tatouage du ciel. Mais, souriant et comme apaisé, il semblait avoir compris une grande leçon de vie : détruire est une chose aisée et rapide, mais réparer et reconstruire demande bien plus de temps et d’investissement.

Ce conte à la trame traditionnelle, dans le sens où le lecteur y reconnaît une cruauté intrinsèque à ce genre littéraire mettant en exergue la morale finale, est d’une grande précision. La justesse de ton et la finesse de l’illustration (respectivement d’Hubert Ben Kemoun et David Sala), sans palabres ni fioritures, servent d’autant mieux à un sentiment de justice une fois le conte terminé.
Excellent album pour amener le jeune lecteur ou l’auditeur à une réflexion sur les caprices et les conséquences de ses actes.

Le tatoueur du ciel
Hubert Ben Kemoun et David Sala
Casterman – Janvier 2015
13,95 €

Capture d’écran 2015-03-03 à 22.18.31

Grain d’Aile – Paul Eluard, ill. Clarie Poizat

Il était une fois une petite fille très gentille, presque plus gentille que toi, et si légère que, lorsqu’elle naquite, sa maman s’étonna de ne pas la sentir dans ses bras. Aussi, l’appela-t-elle d’un nom léger : Grain-d’Aile. Elle était aussi légère qu’une plume et pouvait sauter dans les arbres pour rejoindre ses amis les oiseaux. Mais cela ne lui suffisait pas. Elle rêvait de pouvoir remplacer ses bras par des ailes pour pouvoir voler avec eux… Un conte surréaliste, léger et merveilleux, à l’image de Paul Eluard, qui a fait partie de l’avant-garde de son époque.

Le conte écrit par Paul Eluard en 1951 (sous son vrai nom Eugène Grindel) a été oniriquement réinvesti par Claire Poizat avec un travail de gravure remarquable. La thématique de la métamorphose est le terrain de prédilection de l’illustratrice qui a pu ici déployer tout son art. Chloé Poizat a donné au corps de la petite fille une image de plume tout en lui laissant un visage d’enfant réaliste, comme tiré d’une photographie. De fait, tous les personnages du conte possèdent des corps hybrides, mêlant caractéristiques humaines et animalières, traits réels et imaginaires (oiseau au corps d’avion).

Un bel apologue à partager avec des accents de conte moderne.

Grain d’Aile
Paul Eluard, illus. Chloé Poizat
Nathan – Mars 2014
14,90 €

Capture d’écran 2014-06-07 à 22.27.33

Grain d’Aile illustré par Jacqueline Duhême en 1951.

Contes sages d’un roi pas si sage – Ghislaine Roman

Trois contes où le jeune roi Artégan apprend à ne plus se laisser guider par l’impatience, l’envie ou la peur. Au fil de ces trois récits, tout en douceur, Artégan découvre qu’il manque de sagesse et de clairvoyance et les adopte.

L’écriture totalement maîtrisée par Ghislaine Roman balade le lecteur à travers les réflexions du jeune roi. Les illustrations en rouge et bleu de Clémence Pollet collent parfaitement à l’apprentissage de la sagesse.

Trois petits contes à lire en famille ou à faire lire à nos jeunes lecteurs.

Contes d’un rois pas si sage
Ghislaine Roman et Clémence Pollet
Seuil Jeunesse – Février 2014
13,50 €

Capture d’écran 2014-03-02 à 20.30.18

Cendrillon ou la Belle au soulier d’or

Un bijou écrit magistralement par Jean-Jacques Fdida et illustré brillamment par Delphine Jacquot.

« Quand Cendrillon allait au pré, la mauvaise lui donnait juste un doigt de bouillon froid, trois grains d’orge, un croustillon de pain, et la maudissait : – Tiens, étrangle-toi avec ! » Cendrillon, la pauvre, récoltait les pires corvées : elle devait se lever de nuit, ranimer les tisons, apprêter la maison, frotter, astiquer. Mais un jour, ce fut trop ; fatiguée, affamée, elle s’en est allée pleurer sur la tombe de sa mère. Une voix est alors montée de dessous la sépulture…

Cendrillon ou le soulier d’or
Jean-Jacques Fdida et Delphine Jacquot
Didier jeunesse – Septembre 2013
14,20 €

Capture d’écran 2013-10-28 à 23.27.18

Il faut découvrir tout le fabuleux travail de Fdida à travers la collection des contes d’avant Perrault.

Le petit chaperon rouge ou La petite fille aux habits de fer blanc

La barbe bleue ou Conte de l’oiseau d’Ourdi

La Belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillée