Une rencontre captivante avec Johan Héliot et Yves Grevet

Samedi 13 juin, nous avons eu la chance – ou plutôt l’honneur ! – de recevoir Yves Grevet et Johan Héliot à la librairie. Nous les remercions encore pour leur présence, ainsi que pour leur investissement et leur disponibilité auprès de leurs lecteurs.

Rencontre Johan Héliot et Yves Grevet Les festivités ont été ouvertes par Yves Grevet, qui nous a fait le plaisir de nous parler de son travail d’écriture via ses romans Méto et Nox. Ainsi, nous avons appris que certaines scènes naissent dans son imagination bien avant que le roman ne commence à voir le jour ; la scène du dortoir dans les premières pages de Méto (tome 1) par exemple, vient d’une idée que l’auteur a eu une dizaine d’années plus tôt ! Le temps de maturation peut donc parfois être très long pour Yves Grevet avant qu’il ne mette en place la structure d’une histoire et d’un texte.

L’auteur nous a également confié qu’il lui arrivait de penser à une idée de roman pendant la rédaction d’un autre : c’est en rendant Méto aveugle un certain temps dans le deuxième tome de la trilogie que l’idée de Nox lui est venue. Cela est né de l’envie de faire vivre ses héros dans le noir complet. D’autre part, la rédaction de Nox répondait au souhait de donner la parole à plusieurs personnages, et notamment aux « ennemis » du/des héros, aux « méchants ». Yves Grevet avait envie de voir ses personnages se complexifier, mais aussi de montrer que les choses ne sont pas toujours manichéennes ; que la cruauté n’est pas innée, et que la psychologie et le vécu peuvent parfois expliquer le comportement de certains.

Yves Grevet nous a également fait le plaisir de nous parler du projet U4 ; événement littéraire qui représentera un temps fort de la rentrée.
Le projet U4, c’est la rencontre de quatre auteurs – Carole Trébor, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Yves Grevet – et de deux éditeurs – Syros et Nathan –, qui décident de travailler ensemble pour servir une grande aventure littéraire, qui coupera le souffle à plus d’un lecteur, soyez-en sûrs ! Ce projet représente plus de deux ans de travail et des heures de relecture et de réajustement autour de règles et d’un scénario communs aux quatre auteurs. Ainsi, vous pourrez découvrir, dès le 27 août, quatre romans autonomes mettant en scène quatre adolescents (deux filles et deux garçons) d’horizons très différents qui doivent affronter une horrible situation : un virus a éradiqué 90 % de la population, seuls les adolescents ont été épargnés. Et dans ce monde-fantôme, ils cherchent, chacun à leur manière, à sauver leur peau et, peut-être bien, le monde… Les personnages se croisent et s’influencent, mais chaque tome pourra être lu indépendamment. Un sacré projet à ne pas rater !

Johan Héliot est alors entré sur scène, et s’est prêté au jeu de répondre à toutes nos questions. Nous avons alors pu entrer dans le vif du sujet de cette rencontre ; la dystopie et ses différents traitements dans la littérature pour la jeunesse.
Dans un premier temps, nous leur avons demandé de définir le terme de dystopie, puis celui d’anticipation. Johan Héliot a alors eu cette formule : « la dystopie, c’est un monde de cauchemars, dans lequel il faut se battre pour survivre et se libérer ». Yves Grevet a rajouté à cela que la dystopie, c’est une utopie qui, comme toujours et comme nous l’a appris l’Histoire, finit mal. Quant à l’anticipation, l’un et l’autre étaient d’accord pour dire qu’elle débute toujours dans la tête de l’auteur par une problématique sociale ou technologique actuelle qui est pensée, poussée à son paroxysme. C’est l’envie de soulever une question sans véritable réponse possible ; jusqu’où l’Homme ira-t-il ? De quoi est-il capable et qui ou quoi pourrait l’arrêter ?…
Suite à ces définitions, nous avons interrogé les auteurs sur le fait que ce genre littéraire est récurrent dans la littérature adolescente. Selon eux, cela répond à un besoin d’une opposition forte, ressentie par un certain lectorat, contre l’ordre imposé qui semble parfois injuste et arbitraire. Chaque génération se construisant sur la précédente, il y a toujours un moment où la nouvelle doit dépasser l’ancienne et remettre en question son autorité.
L’adolescence, c’est une période de rupture avec les parents et l’acquisition d’autonomie, c’est un âge de questionnement sur la détermination de chacun et la notion d’héritage. Voilà pourquoi, selon Yves Grevet et Johan Héliot, ce genre littéraire plaît beaucoup au jeune lectorat : il met en scène des personnages critiques et auto-déterminés, qui décident de refuser l’oppression des générations passées et obéissent, ainsi, aux mêmes besoins – symboliques – qu’eux.

Suite à ce débat, Yves Grevet a dû nous laisser, et nous avons ainsi pu faire plus ample connaissance avec l’univers singulier de Johan Héliot. Ce dernier, spécialiste de SF, nous a confié certaines de ses récurrences, de ses influences et de ses questionnements.
Chez Johan Héliot, l’élément technologique est primordial dans ses œuvres de SF et de dystopie. Même s’il se défend d’être un « geek », et se définit lui-même comme « un dinosaure de la technologie », il aime cependant observer les évolutions techniques de notre société et voir leurs impacts sur nos vies et celles, hypothétiquement, des générations à venir. Ainsi, il a expliqué que l’idée initiale de CIEL lui est venue à la lecture d’un article d’un magazine de vulgarisation scientifique, où l’on interrogeait différents chercheurs sur l’une des causes probables, selon eux, de la fin du monde. Le spécialiste de la technologie a avancé l’idée de la supériorité des machines sur l’esprit humain d’ici les années 2030, ce qui pourrait aboutir, à plus ou moins long terme, à l’extinction de l’humanité. Johan Héliot a donc fait de cette idée le point d’encrage de sa dernière quadrilogie.

Bien évidemment, les influences de l’auteur ne sont pas uniquement scientifiques, elles sont également littéraires. Ainsi, il nous a parlé de l’impact de Daniel Keyes et de son roman Des Fleurs pour Algernon sur l’écriture des Substituts. Johan Héliot s’est inspiré de la trame de ce roman pour créer son propre univers.

Dans le roman de Keyes, des chercheurs injectent un produit dans le sang du personnage principal pour le rendre plus intelligent, et le développement littéraire se fait au diapason avec le développement de sa pensée. Si Johan Héliot a gardé ce dernier effet stylistique, il a inversé la donne en greffant à ses personnages des puces qui ne les rendent pas plus intelligents, au contraire, puisqu’elles bloquent leurs capacités d’apprentissage ou leur donnent un savoir très spécifique et limité. Nous noterons également que l’utilisation de puces pour maintenir une partie de la société dans l’obscurantisme et la contrôler est une récurrence chez l’auteur. En effet, nous pouvons retrouver ce ressort littéraire dans son roman Ados sous contrôle.
Johan Héliot nous a également fait part de son engouement pour le cinéma, qui a, lui aussi, grandement influencé certains de ses écrits. En exemple précis, l’auteur nous a parlé du fait que « la horde » dans Les Substituts est un clin d’œil direct et non-dissimulé à Mad Max, ce film hors du commun de science-fiction post-apocalyptique des années 1970. Cela étant, et de manière plus générale, Johan Héliot nous a confié qu’il développe ses romans de façon très cinématographique ; ce sont des images, comme autant de travellings, qu’il imagine, puis retranscrit dans un deuxième temps.
Toutes ces informations palpitantes nous ont été données avec beaucoup d’enthousiasme, au cours d’une table ronde, d’un véritable échange entre nos lecteurs passionnés et Johan Héliot.

La librairie tient également remercier ses lecteurs si curieux et enthousiastes, – en plus de Johan Héliot et Yves Grevet qui, nous le répétons, ont été tout bonnement géniaux et ont participé, par leur simplicité et bienveillance, à l’émulsion de cette journée extraordinaire – et ont animé le débat de leurs questions toujours pertinentes !
Ces quelques lignes sont le résumé d’une superbe après-midi passée en compagnie de deux grands auteurs ; une rencontre au sommet de l’anticipation et de la dystopie dans la littérature de jeunesse. Tout simplement idéal ! Merci encore à tous et toutes.

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