Les Substituts. On a fait d’eux des ignorants… elle veut les libérer – Johan Heliot

Suite à une catastrophe mystérieuse qui a radicalement changé la société, une partie de la population est réduite en esclavage. Des hommes et des femmes, parqués pour la nuit, qui au matin doivent aller travailler pour les Hauts, ceux qui vivent libres. Ces gens, d’autre part incapables du moindre apprentissage à cause d’une puce implantée dans leur crâne, sont appelés des substituts. Tya, le personnage que nous suivons au long du roman, est l’une d’entre eux. Elle a 14 ans, l’âge de rentrer dans « la vie active », au service d’un Haut. Mais son implant dysfonctionne : suite à un bug, ses capacités intellectuelles évoluent vite, et elle prend conscience de son humanité et surtout de l’inhumanité avec laquelle les siens sont traités et jugés. Elle n’a alors plus qu’une idée en tête : libérer les substituts. Mais pour les sauver, elle va devoir comprendre comment la société en est arrivée là, pourquoi les substituts sont-ils si détestés de tous…

Cette dystopie peut, par sa trame, sembler tout à fait classique. Mais, elle sort en fait bel et bien du lot ! Johan Heliot parvient à nous faire rentrer dans la tête de Tya grâce à un jeu syntaxique simple, mais efficace. Lors des premiers chapitres, l’implant de Tya fonctionne toujours, son vocabulaire est donc réduit à une peau de chagrin, ses réflexions sont de l’ordre du descriptif et ses phrases sont très courtes. Mais lorsqu’elle commence à apprendre et à comprendre, son vocabulaire s’étoffe et ses pensées se complexifient. La syntaxe et la construction phrastique du roman évolue alors de concert. Par cette mise en scène de l’apprentissage, l’auteur rappelle à ses lecteurs que Connaître, c’est Se Créer. Les choses ne deviennent réelles que lorsque l’on peut les nommer, et nous ne devenons un individu à part entière que lorsque nous pouvons nous différencier et prétendre au libre arbitre. Enfin, le dernier « détail » qui fait de ce roman une pépite du genre, c’est que rien n’est manichéen dans le monde de Tya. Et lorsque le lecteur le comprend, cela agit sur lui comme un électrochoc, et interroge sa propre conception de la justice, de l’égalité, de l’Histoire. C’est tout bonnement génial !

On attend avec impatience la suite des Substituts, parce qu’il n’y a rien de plus palpitant qu’un ouvrage qui rappelle aux lecteurs la force de la subjectivité tout en lui faisant passer un moment de lecture captivant !

9791023500479

Les Substituts

Johan Heliot

Seuil – janvier 2014

14.50 euros

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